{"id":11729,"date":"2026-10-16T16:39:21","date_gmt":"2026-10-16T15:39:21","guid":{"rendered":"https:\/\/ksapa.org\/fr\/?p=11729"},"modified":"2026-10-16T16:39:22","modified_gmt":"2026-10-16T15:39:22","slug":"midterms-2028-face-aux-usa-se-diversifier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ksapa.org\/fr\/midterms-2028-face-aux-usa-se-diversifier\/","title":{"rendered":"Midterms, 2028 : face aux USA, se diversifier"},"content":{"rendered":"\n
Beaucoup d’entreprises europ\u00e9ennes attendent des \u00e9lections de mi-mandat du 3 novembre un retour \u00e0 la normale de la relation transatlantique. C’est une erreur de lecture. J’ai pass\u00e9 une large partie de ma carri\u00e8re \u00e0 travailler avec des multinationales am\u00e9ricaines et des administrations des \u00c9tats-Unis. Ce que j’en retiens, c’est que le protectionnisme, le recentrage sur l’Asie et la red\u00e9finition des alliances sont des tendances de fond, bien ant\u00e9rieures \u00e0 l’actuelle pr\u00e9sidence. Pour les entreprises europ\u00e9ennes expos\u00e9es aux \u00c9tats-Unis, la question n’est donc plus de savoir quand la temp\u00eate passera, mais comment s’organiser pour durer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n Les sondages laissent entrevoir une pouss\u00e9e d\u00e9mocrate, mais le basculement reste incertain. Au S\u00e9nat, les r\u00e9publicains d\u00e9fendent une majorit\u00e9 de 53 si\u00e8ges contre 47, et les projections ont nettement \u00e9volu\u00e9 en faveur des d\u00e9mocrates<\/a> depuis septembre. D’autres analystes, comme le Crystal Ball de Sabato<\/a>, continuent pourtant de donner l’avantage aux r\u00e9publicains dans la course au S\u00e9nat.<\/p>\n\n\n\n Admettons m\u00eame un Congr\u00e8s enti\u00e8rement d\u00e9mocrate. Ses leviers en politique \u00e9trang\u00e8re sont r\u00e9els, mais limit\u00e9s : auditions, assignations, contr\u00f4le budg\u00e9taire, votes sur les pouvoirs de guerre. Americas Quarterly<\/a> estime qu’un tel Congr\u00e8s multiplierait les votes et l’examen sur ces sujets, sans infl\u00e9chir les d\u00e9cisions pr\u00e9sidentielles.<\/p>\n\n\n\n Le verrou d\u00e9cisif est le veto pr\u00e9sidentiel. Pour imposer une loi encadrant la politique commerciale, il faudrait une majorit\u00e9 des deux tiers dans les deux chambres, rappelle l’analyse de la Banque Nationale du Canada<\/a>. Aucun sc\u00e9nario \u00e9lectoral ne l’offre aux d\u00e9mocrates. La plupart des droits de douane reposent par ailleurs sur des pouvoirs ex\u00e9cutifs. Les tribunaux en ont invalid\u00e9 une partie, mais d’autres bases l\u00e9gales restent mobilisables, comme le d\u00e9taille cette analyse publi\u00e9e par BNN Bloomberg<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Les march\u00e9s financiers ne s’y trompent pas. Jefferies anticipe<\/a> un taux tarifaire effectif moyen maintenu entre 10 et 20 %, m\u00eame en cas de gouvernement divis\u00e9. Quant \u00e0 l’Europe, Defence24<\/a> lui conseille de ne pas attendre des midterms un changement de la pens\u00e9e strat\u00e9gique am\u00e9ricaine. Il peut m\u00eame se produire l’effet inverse : un pr\u00e9sident entrav\u00e9 sur le front int\u00e9rieur cherche souvent \u00e0 reprendre l’initiative \u00e0 l’international, o\u00f9 il a les mains plus libres.<\/p>\n\n\n\n L’argument suivant est connu : il suffirait d’attendre la prochaine pr\u00e9sidentielle. L’histoire r\u00e9cente invite \u00e0 la prudence. Le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat relatif pour l’Europe ne date pas de 2017. D\u00e8s 2011, l’administration Obama th\u00e9orisait le pivot vers l’Asie-Pacifique<\/a>, pr\u00e9sent\u00e9 comme le nouveau centre de gravit\u00e9 strat\u00e9gique et \u00e9conomique du monde. Et l’exigence d’un meilleur partage du fardeau de la d\u00e9fense est une constante des administrations successives.<\/p>\n\n\n\n Le protectionnisme non plus n’est pas l’apanage d’un camp. Joe Biden n’est pas revenu sur les droits de douane impos\u00e9s \u00e0 la Chine sous Trump 1. Il les a m\u00eame relev\u00e9s en 2024<\/a>, notamment sur les v\u00e9hicules \u00e9lectriques. Son conseiller \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, Jake Sullivan, a th\u00e9oris\u00e9 en 2023 une strat\u00e9gie industrielle am\u00e9ricaine assum\u00e9e<\/a>, en rupture avec le consensus libre-\u00e9changiste des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes. Les grandes lois de subventions de cette p\u00e9riode ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9cues par beaucoup d’industriels europ\u00e9ens comme du protectionnisme vert.<\/p>\n\n\n\n Une alternance en 2028 changerait la m\u00e9thode, pas la direction. Un pr\u00e9sident d\u00e9mocrate traiterait sans doute de nouveau les alli\u00e9s comme des atouts plut\u00f4t que comme des centres de co\u00fbt. Il r\u00e9tablirait une certaine pr\u00e9visibilit\u00e9 et ciblerait ses mesures commerciales sur les rivaux plut\u00f4t que sur les partenaires. Mais la rivalit\u00e9 avec la Chine, la priorit\u00e9 indo-pacifique, la politique industrielle et la pression sur les budgets de d\u00e9fense europ\u00e9ens resteraient en place. L’analyse de l’institut polonais PISM<\/a> le soulignait d\u00e9j\u00e0 lors de pr\u00e9c\u00e9dents scrutins : un Congr\u00e8s hostile ne modifie pas en profondeur la politique \u00e9trang\u00e8re d’un pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n\n Surtout, une partie des d\u00e9g\u00e2ts est irr\u00e9versible. Les partenaires des \u00c9tats-Unis savent d\u00e9sormais qu’un retournement est possible tous les quatre ans. Cette instabilit\u00e9 structurelle impose de se couvrir, quel que soit le vainqueur. C’est d’ailleurs le constat qui sous-tend le rapport Draghi sur la comp\u00e9titivit\u00e9 europ\u00e9enne<\/a> : l’Europe ne peut plus compter sur nombre des facteurs qui ont port\u00e9 sa croissance.<\/p>\n\n\n\n Organiser l’entreprise pour la divergence, plut\u00f4t que parier sur un retour \u00e0 la convergence, suppose d’agir sur plusieurs leviers \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n 1. Porter la g\u00e9opolitique au niveau du conseil d’administration.<\/strong> Les plans strat\u00e9giques doivent tenir dans plusieurs sc\u00e9narios contrast\u00e9s : tarifs cibl\u00e9s, tarifs g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, sanctions secondaires, rupture d’acc\u00e8s \u00e0 une technologie. Cela suppose de relier des fonctions qui travaillent encore trop souvent en silo : achats, conformit\u00e9 douani\u00e8re, gestion des risques et affaires publiques, \u00e0 Bruxelles comme \u00e0 Washington. Nous avons propos\u00e9 une boussole pour les conseils d’administration<\/a> qui suit ces divergences juridiction par juridiction.<\/p>\n\n\n\n 2. B\u00e2tir un socle de pilotage unique et des d\u00e9clinaisons modulaires.<\/strong> Construire deux syst\u00e8mes, l’un pour l’Europe et l’autre pour les \u00c9tats-Unis, co\u00fbte cher et cr\u00e9e des incoh\u00e9rences. Il vaut mieux un noyau interne unique, align\u00e9 sur le standard le plus exigeant pour les risques r\u00e9ellement mat\u00e9riels, puis des d\u00e9clinaisons de reporting et de communication par juridiction. Le vocabulaire peut s’adapter, jamais les faits : des discours contradictoires selon les march\u00e9s deviennent une pi\u00e8ce \u00e0 charge d\u00e8s qu’on les met c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Investir dans cette gouvernance ESG reste un choix sans regret<\/a>, quel que soit le sc\u00e9nario. Nous d\u00e9taillons les lignes de convergence et de fracture entre blocs<\/a> dans une analyse d\u00e9di\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n 3. Passer de l’efficience \u00e0 la r\u00e9silience dans les cha\u00eenes d’approvisionnement.<\/strong> L’exposition tarifaire ou aux sanctions se mesure ligne par ligne, par pays d’origine et par nomenclature douani\u00e8re, pas seulement fournisseur par fournisseur. La cartographie des risques pays<\/a> doit donc descendre au-del\u00e0 du rang 1. Le double sourcing et la r\u00e9gionalisation co\u00fbtent cher : il faut les r\u00e9server aux intrants critiques et non substituables, et raisonner en co\u00fbt total plut\u00f4t qu’en prix d’achat. Les contrats doivent int\u00e9grer des clauses de partage du risque douanier et de changement de loi.<\/p>\n\n\n\n 4. S\u00e9curiser les mati\u00e8res premi\u00e8res agricoles par l’amont.<\/strong> Pour le cacao, le caf\u00e9, le caoutchouc naturel ou la noix de coco, la diversification g\u00e9ographique a ses limites. La s\u00e9curit\u00e9 d’approvisionnement passe par des relations directes et durables avec les producteurs, des programmes de r\u00e9silience face aux chocs climatiques et une tra\u00e7abilit\u00e9 qui sert \u00e0 la fois la conformit\u00e9 europ\u00e9enne et la continuit\u00e9 de l’offre. La certification seule prot\u00e8ge l’acheteur sans s\u00e9curiser l’approvisionnement, comme nous l’expliquons \u00e0 propos de l’illusion de la certification<\/a>. Il faut aussi regarder les intrants agricoles eux-m\u00eames, engrais et prot\u00e9ines v\u00e9g\u00e9tales en t\u00eate, o\u00f9 les d\u00e9pendances europ\u00e9ennes sont structurelles.<\/p>\n\n\n\n 5. Reprendre la main sur les donn\u00e9es et les technologies.<\/strong> La d\u00e9pendance aux fournisseurs am\u00e9ricains de cloud, de logiciels et d’intelligence artificielle expose les entreprises au droit extraterritorial des \u00c9tats-Unis et aux contr\u00f4les \u00e0 l’export. Trois r\u00e9flexes s’imposent : classer les donn\u00e9es par sensibilit\u00e9 et h\u00e9berger les plus critiques hors de port\u00e9e des l\u00e9gislations extraterritoriales, exiger la r\u00e9versibilit\u00e9 contractuelle et tester r\u00e9ellement les plans de sortie, anticiper que les fournisseurs am\u00e9ricains appliqueront des conditions diff\u00e9rentes selon les juridictions \u00e0 mesure que les r\u00e8gles europ\u00e9ennes et am\u00e9ricaines divergent.<\/p>\n\n\n\n 6. Traiter les mat\u00e9riaux critiques comme un enjeu de souverainet\u00e9.<\/strong> Sur ce terrain, la d\u00e9pendance la plus aigu\u00eb de l’Europe n’est pas am\u00e9ricaine mais chinoise, en particulier sur le raffinage. Le r\u00e8glement europ\u00e9en sur les mati\u00e8res premi\u00e8res critiques<\/a> fixe un cap, mais les leviers d\u00e9cisifs restent entre les mains des entreprises : contrats d’approvisionnement de long terme, stocks strat\u00e9giques, \u00e9coconception et recyclage. La circularit\u00e9 devient alors un outil de souverainet\u00e9. Plus largement, tout intrant peut devenir strat\u00e9gique, d’o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser la cr\u00e9ation de valeur partag\u00e9e dans les cha\u00eenes strat\u00e9giques<\/a>, sujet que les dirigeants r\u00e9unis au B7 de Paris ont plac\u00e9 au rang de priorit\u00e9 des conseils<\/a>.<\/p>\n\n\n\n Ces chantiers ne rel\u00e8vent pas de la conformit\u00e9. Ils dessinent la comp\u00e9titivit\u00e9 europ\u00e9enne des dix prochaines ann\u00e9es. Les entreprises qui les engagent maintenant, sans attendre le verdict de novembre ou celui de 2028, prendront une longueur d’avance sur celles qui esp\u00e8rent encore un retour au monde d’avant.<\/p>\n\n\n\nLes midterms ne changeront pas la donne<\/h2>\n\n\n\n
2028 ne sera pas une rupture<\/h2>\n\n\n\n
Diversifier : six pistes strat\u00e9giques<\/h2>\n\n\n\n