3 leviers d’intégration ESG dans le capital risque – l’exemple des entreprises technologiques

Les sociétés de capital-risque ont historiquement été les premières à investir dans nombre des entreprises les plus importantes et influentes au monde. Au cours des dernières années, les têtes de pont de la technologie ont été confrontées à des défis majeurs dans leur gestion d’enjeux sociétaux croissants. Les gouvernements, médias et militants ont examiné leurs valeurs et cultures fondamentales d’autant plus attentivement. Notre expert analyse ici les principaux défis auxquels sont confrontés les investisseurs – notamment fonds de capital-risque, administrateurs et fondateurs d’entreprises technologiques dans la gestion de leurs enjeux ESG, en proposant une feuille de route en 3 axes stratégiques.

Premiers investisseurs et administrateurs façonnent les modèles économiques et la culture des entreprises technologiques qui transforment nos sociétés

Les fonds de capital-risque ont été les premiers investisseurs dans nombre des entreprises parmi les plus grandes et influentes au monde, dont Google, Facebook, Twitter, Uber, Airbnb et bien d’autres. Le modèle économique, la culture et les valeurs des entreprises technologiques sont souvent façonnés au cours des premières années de leur développement. En tant que premiers investisseurs et membres du conseil d’administration, les fonds de capital-risque jouent donc un rôle majeur dans ce processus. Ces dernières années, les chefs de file de la technologie ont été confrontés à des défis majeurs dans leur gestion d’enjeux sociétaux tels que le revenu minimum, la protection de la vie privée, des Droits de l’Homme et de la démocratie. Les gouvernements, médias et militants ont d’autant plus attentivement examiné la façon dont leurs valeurs fondamentales et culture d’entreprise avaient été façonnées.

En 2018, plus de 70 % des investisseurs institutionnels ont intégré les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans la sélection et la gestion de leurs investissements. Les pratiques ESG couvrent désormais les principales classes d’actifs des entreprises publiques, des fonds de placement privés, de l’immobilier, des obligations et des commodités. Le capital-risque accuse cependant un certain retard par rapport à d’autres classes d’actifs, en l’absence d’une approche systématique pour sélectionner, gérer et rendre compte des performances ESG.

Investisseurs et administrateurs ont un rôle à jouer dans l’essor d’une nouvelle génération d’entreprises technologiques commercialement viables, œuvrant à l’intérêt général

Intitulé Responsible Investing in Tech and Venture Capital, j’ai contribué à ce récent rapport du Centre Belfer pour la Science et les Affaires Internationales  de la Harvard Kennedy School pour explorer certains des défis auxquels sont confrontés les commandités, commanditaires et fondateurs de fonds de capital-risque dans la gestion des enjeux ESG. Le document propose également une feuille de route des stratégies que l’industrie pourrait adopter, autour des 3 axes suivants :

1. Technologie et gestion des risques

Le capital-risque est l’une des formes d’investissement les plus risquées. Pourtant, le secteur tarde encore à adopter une approche systématique de la gestion de ses risques sociétaux. Parmi les risques les plus courants en capital-risque, l’incertitude des investisseurs quant à l’état d’avancement et aux performances des nouvelles technologies et les exigences croissantes des parties prenantes, notamment en matière d’adaptation des produits au marché, de gestion des évolutions réglementaires et de développement de conditions équitables pour les clients,  fournisseurs et partenaires commerciaux. D’autres préoccupations en matière de gouvernance concernent par exemple la mise en place d’un conseil de surveillance. De nouveaux outils spécifiques aux entreprises en phase de démarrage et aux technologies émergentes pourraient aider entrepreneurs et gestionnaires de fonds à faire face à leurs risques et impacts sociétaux, en les traitant au plus tôt dans le développement de leurs entreprises.

2. Données et transparence

La collecte de données est essentielle à la prise de décision et la gestion des investissements. Grâce à plusieurs agences de notation indépendantes, les investisseurs disposent déjà de données ESG sur les entreprises publiques. Les bases de données sectorielles comme Pitchbook ou Crunchbase proposent également des données sur la performance financière et de marché des fonds de capital-risque ou entreprises de portefeuille. Le secteur du capital-risque ne dispose cependant pas d’une base de données indépendante pour l’évaluation ou le reporting de ses risques et performances ESG. Des données ESG spécifiques au le capital-risque contribueraient à la constitution d’une base de preuves sur les facteurs garants des meilleurs résultats financiers. En fournissant des informations comparables sur les meilleures pratiques d’une industrie donnée, l’apport de données ESG facilite en effet la gestion, les pratiques d’approvisionnement et la diligence raisonnable pour les commanditaires. Du point de vue des commandités, ces mêmes données sont autant d’outils d’aide à la décision dans la sélection de fonds conformes à leurs engagements ESG et de surveillance des risques réputationnels associés.

3. Culture et diversité

Les femmes et minorités visibles sont trop rarement représentées au sein des sociétés de capital-risque et parmi les fondateurs qui reçoivent des financements. Menée par la National Venture Capital Association et Deloitte, une enquête sur le capital-risque aux États-Unis révélait déjà en 2016 qu’environs 80 % des commanditaires étaient des hommes blancs. Une étude réalisée en 2018 par Pitchbook montrait que seuls 20 % des fonds de capital-risque étaient destinés à des start-ups dont l’équipe fondatrice comptait au moins une femme.  Le secteur a depuis déployé plusieurs initiatives visant à améliorer la diversité des équipes de direction et parmi les fondateurs de fonds. A titre d’exemple, All Raise est une association à but non lucratif en faveur de la promotion des femmes dans le capital-risque, dont l’objectif est de porter la représentation des commanditaires féminins à 25 % d’ici 5 ans. Founders for Change veille également à la diversité au sein des sociétés de capital-risque, en recueillant les engagements des sociétés de capital-risque en matière de recrutement et d’investissement. D’autres actions pourraient inclure le suivi des engagements en matière de diversité et le signalement d’écarts par les commandités eux-mêmes, ou encore le déploiement d’outils passibles d’aider les fondateurs à créer des cultures plus éthiques et inclusives.

Cliquez ici pour lire le rapport complet.

Conclusion | Cerner le risque de l’investisseur et donner du sens à l’investissement

Pour décupler l’engagement sociétal du secteur du capital-risque, les différentes stratégies décrites dans le document de recherche ci-joint devront probablement être considérée de près. Les leaders de la technologie actuels ont en effet été fondés il y a de ça 10 à 25 ans.

Aujourd’hui, l’impression 3D, les nanomatériaux, l’intelligence artificielle et la robotique, les biotechnologies, les blockchains chaîne de blocs et registres distribués, les neurotechnologies, la réalité virtuelle ou augmentée, les ordinateurs quantiques… ne sont que quelques-unes des nombreuses technologies prêtes à gagner le marché mondial et façonner nos sociétés et notre vie quotidienne pour les années à venir.

Tirer les leçons des dernières décennies impliquerait que les acteurs émergents considèrent attentivement les conclusions de ce rapport. Quoiqu’il en soit, une participation active des conseils d’administration et dirigeants des entreprises technologiques émergentes sera déterminante pour une gestion plus proactive des risques, en travaillant à l’interface des défis éthiques, sociaux ou environnementaux et les opportunités de la nouvelle ère numérique. On pense notamment au rapport entre la cybersécurité et les élections, la blockchain et l’évasion fiscale, à biotechnologie et l’expression de protéines ou enzymes encore inconnues, l’intelligence artificielle embarqué et les dilemmes éthiques qui en découlent… De même, la liaison entre les capteurs et la surveillance civile, l’informatique quantique et les comportements nouveaux ou imprévus des systèmes informatiques, l’automatisation et la destruction d’emplois ne sont que quelques-uns des défis à venir…

Susan Winterberg
Consultante indépendante | Autres articles

Consultante en développement durable, Susan Winterberg travaille principalement avec les technologues, entrepreneurs, bailleurs de fonds gouvernementaux et investisseurs privés. Elle se spécialise dans la gestion des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance liés à la conception de leurs outils technologiques émergents et les modèles d'entreprise sous-jacents. Susan a récemment été boursière du Technology and Public Purpose Project au Centre Belfer pour la Science et les Affaires Internationales de la Harvard Kennedy School, où elle a conçu des méthodologies pour aider le corps législatif à anticiper les implications de technologies émergentes et disruptives. Elle a également proposé des services de conseil en investissement responsable pour des fonds de capital-risque et des entrepreneurs. Susan a auparavant travaillé pour Business for Social Responsibility, où elle dirigeait l'équipe économie inclusive focalisée sur la lutte contre les inégalités et les défis futurs du monde du travail face à l'automatisation croissante et à l'intelligence artificielle. Elle est titulaire d'une maîtrise en urbanisme, avec une majeure en développement international, de l'université de Harvard et d'une licence en finance de l'université de Cincinnati.

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