3 raisons qui nous poussent à aborder 2020 avec une attitude positive sur la RSE

Il serait aisé de démarrer l’année 2020 dans une ambiance morose en regardant comment nous avons clôturé 2019 sur le front de la durabilité. La COP 25 a été un échec dans l’ensemble, le Brexit perturbe l’agenda de l’Union Européenne et concentre une énergie qui pourrait être allouée sur des fronts sociaux et environnementaux plus pressants. Les conflits et les troubles sociaux dans le monde entier vont sans nul doute générer de nouvelles volatilités géopolitiques – avec l’élection américaine majeure qui se tiendra en novembre 2020. Nous avons toutefois décidé de nous lancer dans l’année 2020 en étant optimistes, et voici les 3 raisons qui nous y encouragent.

#1 – La feuille de route internationale n’a jamais été aussi claire, et bénéficie du soutien inestimable de la jeunesse

Climat, biodiversité et inégalités façonnent les préoccupations et les priorités locales et internationales

La tendance du moment, c’est de jeter le bébé avec l’eau du bain et considérer que la décennie 2010 est une décennie “perdue”. Certes, les progrès réalisés ont été nettement insuffisants pour mieux aligner les intérêts des entreprises et activités économiques sur les impératifs liés au climat, à la biodiversité et aux inégalités. La réalisation, sous nos yeux, des prédictions les plus pessimistes du GIEC des années 1990 nous amène à réfléchir. L’explosion sociale bruyamment incarnée par les Gilets Jaunes en 2018 et 2019 vient également renvoyer aux décideurs économiques et politiques l’importance d’une croissance plus inclusive.

Pour les prochaines années et la décennie qui commence, que cela plaise ou non aux entreprises et aux dirigeants politiques, ces sujets resteront au premier plan des préoccupations internationales et locales, dans le monde entier en 2020 et au-delà. Entreprises et décideurs politiques seront toujours plus sous pression pour démontrer leur capacité à gérer les questions de climat, biodiversité et d’inégalités à la hauteur des enjeux et des attentes de leurs parties prenantes. D’ailleurs:

  • La COP 26 (climat) ainsi que la COP 15 (biodiversité) feront à nouveau surface au premier plan de l’agenda international dès le quatrième trimestre 2020. La 75e Assemblée générale des Nations Unies lancera également un appel fort à la fin de septembre 2020 pour encourager ces mêmes dirigeants politiques et du monde des affaires à accélérer les contributions aux Objectifs de Développement Durable 2030, donnant ainsi le coup d’envoi d’une “décennie de l’action” cruciale pour notre planète et nos sociétés
  • Le mouvement #Metoo a été une véritable lame de fonds pour nombre de nos sociétés. Le monde des affaires et le monde politique auront de plus en plus de mal à ne pas s’attaquer plus sérieusement aux questions de genre et à ne pas changer leur comportement et leurs décisions de nature à porter un regard discriminatoire ou de harcèlement porté par des questions de genre. C’est fondamental et impose de faire évoluer en profondeur les pratiques managériales et politiques
  • Les conflits sociaux majeurs vont continuer de gagner en importance tant qu’il restera à trouver un meilleur contrat social entre les entreprises, la fiscalité et les territoires. Cela pourrait passer par la transition énergétique, les retraites, l’accès équitable aux services de base. Quel que soit le sujet : les entreprises, les dirigeants politiques et les sociétés civiles devront trouver des compromis, ou ne parviendront pas à mettre fin à des situations conflictuelles aiguës – qui ne sont bonnes ni pour les individus, ni pour les affaires, ni pour la stabilité politique des pays.

La jeunesse qui s’exprime avec tant de hargne change la donne dans le monde des affaires et de la politique

Toute jeunesse a besoin d’un avenir. C’est une revendication aussi simple que fondamentale que tout aîné se doit de respecter.

  • Il y a aujourd’hui des millions de Greta Thunberg dans le monde, quelles que soient les catégories socio-professionnelles. Certains les rencontrent chez eux ou chez des amis. D’autres les rencontrent dans la rue de centaines de villes – grandes et petites – le vendredi en grève climatique. Les professionnels du développement durable les croisent dans les conférences à exprimer défiance et dédains face aux progrès insuffisants réalisés jusqu’à présent sur les questions environnementales et sociales
  • En réponse, décideurs économiques et politiques ne peuvent simplement se cacher derrière la complexité des enjeux et des systèmes à changer en profondeur. La jeunesse exige des réponses, des perspectives concrètes alimentées par des résultats tangibles permettant de voir comment nos sociétés sont capables d’atténuer les risques climatiques, préserver la biodiversité encore disponible, tout en réduisant les inégalités

C’est ainsi que les chefs d’entreprise et les dirigeants politiques seront respectés, et capables d’interpeller les jeunes pour leur comportement incohérent en demandant des solutions climatiques d’une part, tout en continuant à consommer des produits à la mode rapide et d’autres produits non durables d’autre part.

#2 – La Finance augmente les fonds alloués à la transition plus durable des économies

Les niveaux de valorisation des actifs financiers rendus possibles, entre autres, par les politiques monétaires de la dernière décennie ont atteint des niveaux sans précédent dans de nombreux secteurs. Les acquisitions récentes par les agences de notation classiques d’agences extra-financières spécialisées dans la notation extra-financière, l’estimation des risques climatiques ou le traitement des données de grande taille illustrent l’intérêt croissant des investisseurs classiques pour l’analyse extra-financière à grande échelle, de même que la multiplication des fonds dédiés et le passage d’une part de plus en plus importante des véhicules d’investissement institutionnels existants aux labels Green, ISR (Investissement Socialement Responsable) ou ESG. En 2010, les UN PRI intéressaient 784 signataires représentant 22 trillions de dollars d’actifs sous gestion. Cela correspondait à environ 10% des marchés financiers mondiaux (UN PRI, 2010). En 2019, les UN PRI représentaient près de 2500 signataires et 80tn USD d’actifs sous gestion, ce qui correspond maintenant à 25% des marchés financiers mondiaux. Cela envoie un message toujours plus fort de la part des investisseurs traditionnels au reste du marché.

Ces exemples montrent que la refonte du couple risque/rendement dans l’évaluation et la définition de l’analyse financière des entreprises est en cours. Cette refonte est directement liée à la redéfinition du rôle des entreprises dans la société, et en particulier de l’impact de ses activités dans les domaines social et environnemental. Cette refonte est également directement liée à l’évolution du rôle des conseils d’administration appelés à jouer un rôle plus actif dans l’orientation de la protection stratégique et de l’évaluation des actifs compte tenu des transformations climatiques, numériques et sociales en jeu.

Nous ne voulons bien sûr pas être naïfs, ni trop optimistes. Nous rencontrons régulièrement des investisseurs, y compris des signataires de l’UNPRI, qui n’ont aucune idée de ce qu’ils peuvent faire en matière de climat ou de biodiversité. Nous rencontrons aussi régulièrement des investisseurs qui ressentent à juste titre la pression croissante de la réglementation et du respect des droits humains, mais qui ne savent pas comment aborder au mieux ces questions et améliorer la protection de leurs actifs. Dans l’ensemble, nous savons que la finance ne va pas déplacer des trillions pour soutenir les transitions vers la durabilité aussi rapidement que nécessaire, mais nous savons comment le comportement moutonnier des décideurs dans cet espace va probablement engager de manière exponentielle la finance dans le climat, la biodiversité et les inégalités dans les années à venir.

#3 – Les transformations digitales remanient en profondeur les cartes de la durabilité

Les technologies digitales modifient en profondeur le fonctionnement du monde qui existait encore dans la précédente décennie 2010. Des solutions financières innovantes apparaissent, accélérant l’accès à des ressources indispensables pour changer l’échelle et l’impact des transformations nécessaires à la réalisation des priorités sociétales internationales portées par l’Agenda 2030 des Nations Unies. Les entreprises doivent adopter des solutions financières et digitales et innovantes pour rester en phase avec les attentes de leurs marchés, et ressourcer leur compétitivité.

Nous ne sommes ni naïfs ni candides. Nous sommes tout à fait conscients des défis énergétiques que pose la mise à l’échelle des solutions digitales, par exemple. Nous sommes également très conscients des multiples dilemmes liés à l’éthique et aux droits humains qui accompagnent les transformations digitales. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Et c’est parce que nous le savons, et que nous nous le répétons régulièrement, que nous espérons nous engager dans la transition digitale avec le moins d’ignorance possible, tout en apprenant en marchant…

Conclusions. Un optimisme constructif reste la clé de voûte de nos actions

Les années 2020 sont la “Décennie de l’Action”. Le compte à rebours est lancé. La résilience des entreprises et leur capacité à rester acceptables et à générer de la valeur à long terme sont en jeu. Nous anticipons des mutations sociales et environnementales majeures susceptibles de bousculer les entreprises et les investisseurs en profondeur.

Ainsi, notre optimisme est une question de perspective. Au lieu de regarder le verre à moitié vide, nous préférons avoir une attitude optimiste constructive en regardant le verre à moitié plein ! Après tout, notre monde doit ” simplement” convertir 1% de la finance mondiale chaque année (3-4 trillions d’euros sur une base annuelle) pour progresser sérieusement vers l’Agenda 2030.

L’optimisme est l’ingrédient ultime dont nous avons tous besoin pour atteindre l’échelle nécessaire à la décennie 2020 afin de bâtir des sociétés plus résilientes et plus inclusives.

Bienvenue dans la “Delivery Decade”

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