A-t-on encore vraiment besoin d’une Journée internationale de la femme ?

A-t-on encore vraiment besoin d’une Journée internationale de la femme ?

Cet article mis à jour a été initialement publié sur Le Cercle Les Echos ici

Chaque année, le même étonnement revient : le 8 mars, c’est la Journée internationale de la femme. Et les autres jours, c’est pour les hommes ?

L’étonnement est si récurrent qu’il n’en est plus vraiment un. Les femmes représentent 52 % de la population mondiale et, étrangement, nous nous sentons dans l’obligation de marquer le coup comme si le sexe féminin était minoritaire. La surprise se dissipe très vite lorsqu’on se souvient que dans plusieurs domaines l’inégalité homme/femme reste prédominante et la nécessité de revenir sur ces problématiques, ne serait-ce qu’une journée par an, est d’une importance cruciale. À titre d’exemple, dans le monde de l’entreprise il est possible d’identifier au moins trois espaces dans lesquels la femme subit, en règle générale, une forme d’injustice et de discrimination :

– Les espaces de pouvoir.

– Le dialogue social.

– L’équilibre vie professionnelle et vie privée entre les parents.

Féminiser les conseils d’administration : un impératif managérial stratégique

Si la France peut s’enorgueillir d’être en tête du classement mesurant la féminisation des conseils d’administration des 200 plus grandes entreprises du globe (25,1 %) selon une étude menée par Corporate Women Directors International, ce chiffre est tout de même très loin de l’objectif fixé par la « loi Copé-Zimmermann ». Datant de janvier 2011, cette loi prescrit une présence féminine équivalente à au moins 40 % dans les conseils d’administration des moyennes ou grandes entreprises. De mémoire d’historien, la France a pourtant vu naître le premier document évoquant une égalité juridique et légale entre femmes et hommes (Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne rédigée par Olympe de Gouges en 1791). Mais ce fait d’armes bicentenaire fait pâle figure lorsqu’on sait que la Norvège a non seulement inspiré le texte à l’origine de la loi Copé-Zimmermann, mais a d’ores et déjà atteint ce fameux seuil de 40 %. Comme évoqué dans un précédent billet, on ne devrait pas avoir besoin de quotas : l’absence de femmes au pouvoir prive forcément les entreprises d’une richesse sociale et culturelle permettant de mieux appréhender la complexité du monde actuel, et d’en relever les défis.

Féminiser le dialogue social : un outil de productivité là où l’État ne fait pas son travail pour protéger les femmes

La déconsidération voire le discrédit de la place légitime des femmes dans le dialogue social est particulièrement visible lorsqu’on s’intéresse aux problématiques de production dans les pays émergents. L’absence de la parole des femmes dans le dialogue social a des conséquences directes : par exemple, si le principe du congé maternité sans rupture de contrat de travail existe en France depuis 1909, on voit encore au Moyen-Orient ou en Inde que ces questions restent totalement taboues dans bien des environnements économiques. L’initiative HERProject (Health Enables Returns) lancée par BSR (Business for Social Responsibility) tente de pallier ce manque et de suppléer à une absence de dialogue social en s’alliant avec d’importantes multinationales, fournisseurs et ONG, afin de mettre en place des structures de services de santé à destination des femmes travaillant dans les usines. Ce projet semble paver la voie vers d’autres initiatives qui prônent un modèle palliant l’absence de régulation et de son respect en permettant très concrètement de mettre en place des dispositifs de compagnonnage in situ. Ce type d’initiative encourage également des organisations syndicales à mieux prendre en compte les problématiques de Genre dans leur travail: ces organisations peuvent se révéler être exclusivement masculines sur certains marchés et filières! L’idée étant de créer les conditions du dialogue et de la mise en place de pratiques assurant une meilleure santé des populations féminines ouvrières et par là même une meilleure productivité. L’aboutissement de ce genre d’actions n’est possible que par une coopération à toutes les échelles : des donneurs d’ordre internationaux qui soutiennent ce programme (Suède, Hollande), des entreprises qui acceptent d’ouvrir les portes de leurs chaînes d’approvisionnement (Levi’s, Abercrombie & Fitch, Microsoft, etc.) ainsi que des ONG participant au développement local.

Impliquer les pères pour libérer les mères

En fin de compte, l’inégalité professionnelle homme/femme n’est pas une loi naturelle dictée par des besoins économiques ou justifiée par des facteurs biologiques ; c’est surtout et avant tout une construction culturelle qui peut donc être renversée par une approche pédagogique ambitionnant de modifier les rôles assignés à chacun, en entreprise et, par extension, dans la société.

Cela commence à l’école, comme l’opération « Filles et garçons : cassons les clichés » qui avait été organisée par la Fédération de Paris de la Ligue de l’Enseignement, sensibilisant les enfants dès la primaire aux questions d’égalité des parents avec des quizz ludiques. Qui fait le repassage ? Maman Ourse ou Papa Ours ? Les deux ! Qui peut manier la perceuse ? Maman Ourse ou Papa Ours ? Les deux ! Il s’agit évidemment de trouver l’équilibre entre construction sociale et identité de genre. En grandissant, rien ne doit contraindre une fille qui n’a pas envie d’effectuer des tâches socialement attribuées aux hommes, de le faire. Toutefois, rien ne doit pour autant ériger une barrière mentale donnant à une fille l’impression qu’elle n’est pas dans son rôle social si elle veut effectivement se lancer dans de telles tâches. Ce raisonnement s’appliquant bien entendu de manière symétrique aux garçons.

Enfin, l’entreprise a évidemment un rôle à jouer. Pour libérer la mère, il faut responsabiliser le père. Là aussi, le raisonnement est similaire. Rien ne doit contraindre la mère à passer plus de temps que le père avec ses enfants en s’occupant, seule, par exemple, des activités extrascolaires (sport, suivi médical). Mais, rien ne doit pour autant déresponsabiliser l’autre parent. Le père doit se sentir également à l’aise de prendre en charge ses enfants, sans pression sociale ni professionnelle lui faisant comprendre que s’occuper de ses enfants, c’est se désintéresser de son travail et nuire à sa carrière. Un exemple pertinent de cette idée est l’initiative de l’ORSE « Mercredi C Papa » qui vise à responsabiliser les pères dans leur rôle de parent et à créer un rapport de causalité qui permet un meilleur épanouissement professionnel des femmes, ces dernières ayant mécaniquement moins ou pas de tâches ménagères à accomplir.

Ainsi, si la Journée internationale de la femme est apparue dans le contexte des mouvements sociaux au tournant du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe, le siècle aura été l’objet de bien des avancées : soyons optimistes. Toutefois, le fameux texte d’Olympe de Gouge de 1791 reste encore un objet de méditation et d’inspiration. Ainsi, cet article 4 : « l’exercice des droits naturels de la Femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’Homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison »

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Auteur de différents ouvrages sur les questions de RSE et développement durable. Expert international reconnu, Farid Baddache travail à l’intégration des questions de droits de l’Homme et de climat comme leviers de résilience et de compétitivité des entreprises. Restez connectés avec Farid Baddache sur Twitter @Fbaddache.

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