Du leadership exemplaire et des femmes au pouvoir : les clés du succès pour l’entreprise ?

Du leadership empathique et des femmes au pouvoir : les clés du succès pour l’entreprise ?

Cet article mis à jour a été initialement publié sur Le Cercle Les Echos ici

L’inspiration d’une exposition photo et l’écoute d’une militante féministe me conforte dans une certitude pourtant pas si évidente à observer au quotidien dans les entreprises: le leadership ça marche mieux quand il est empathique et incarne la diversité…

Pour qui travaille en entreprise, assister de temps en temps à une conférence permettant de sortir de son univers, écouter par exemple un photographe international ou une universitaire de premier rang est une excellente occasion de trouver un peu d ’inspiration, et de voir des problèmes sous un angle nouveau.

L’exemplarité du Leadership à travers la photographie

Platon est un photographe international qui fait régulièrement les couvertures de magazines américains comme Time Magazine, New York Times Magazine ou Vanity Fair. Humaniste et désireux de « capturer l’âme » de ses modèles, il s’est notamment engagé en 2011 auprès de Ban Ki Moon pour profiter d’une Assemblée Générale des Nations Unies et réaliser une galerie de portraits de Chefs d’Etats, prolongée par la suite d’autres portraits de personnalités de premier plan. Il voulait ainsi démontrer un esprit de « village mondial », et représenter la communauté internationale prise dans son humanité.

Pour engager la discussion avant chaque portrait, Platon pose toujours une question pour mettre à l’aise et extérioriser l’humanité du modèle : aimez-vous les Beatles ? Saviez-vous que ma maman était une de vos admiratrices ? Ces petites anecdotes sont révélatrices de la personnalité politique de son modèle, de ce qui l’anime dans l’exercice du pouvoir. Finalement, elles révèlent en quoi la personne est empreinte d’une vision empathique pour l’humanité, et si elle laissera une empreinte positive dans l’Histoire, ou pas.
– George W. Bush arrive à la séance photo en intimidant, pointant du doigt, et se voulant impressionnant et exigeant du photographe une photo réussie. L’image montre un beau sourire, jovial, mais le fond de regard du Président reste immensément vide.
–  A la question “que pensez-vous de l’amour », Aung San Suu Kyi répond : « l’amour, c’est passionnel, ça va, ça vient. Ce qui est plus important, c’est l’amitié et la gentillesse : ce sont des sentiments éternels ». L’image révèle une profonde sérénité et confiance dans l’avenir.

Avec son travail, Platon rappelle combien le leadership façonne les organisations humaines différemment. Cela remet au goût du jour de vieilles théories de management (Barnard, 1938, Drucker, 1954, Selznick, 1957, etc.) :
– Un leadership qui ne démontre pas sa sensibilité humaine génère des comportements mettant à rude épreuve le capital humain de l’entreprise.
– Un leadership exprimant des valeurs de respect impulse le respect de telles valeurs dans le fonctionnement de l’organisation, et ce à tous les rouages.

La promotion de l’égalité homme-femme comme atout concurrentiel

Découvrir l’expérience d’une universitaire comme Anne-Marie Slaughter professeur à l’Université de Princeton est très intéressante. Professeure en Sciences Politiques et Relations Internationales, elle n’a pas a priori le profil de la militante féministe la plus vocale. Et pourtant, quelque part à sa grande déception, elle a atteint des niveaux de célébrité non pas grâce à la qualité de ses travaux universitaires mais un article partageant des considérations personnelles sur les difficultés pour une femme à mener une double carrière professionnelle et familiale.

Elle a enflammé la toile avec un article « Why Women Still Cannot Have It All ». Cet article a été lu et tweeté des millions de fois à travers le monde. Son article montre combien les femmes actives qui ont des enfants ont encore des difficultés à associer une vie professionnelle et personnelle équilibrée.

Au-delà, Anne-Marie Slaughter renvoie à une réflexion plus profonde sur une approche comparée du statut social de la femme et de l’homme dans les sociétés occidentales :
» La femme serait avant tout définie (et donc se construirait) à travers les différentes postures sociales et les responsabilités qu’elle est amenée à exercer dans la société : fille, mère, épouse, responsable du foyer, etc.
» L’homme par contre serait avant tout défini par son ego et son statut social : il faut qu’il devienne quelqu’un dans la société : pompier, astronaute, footballeur…

Sur cette base là (et un peu simplifiée tout de même), Anne-Marie Slaughter constate la force que cette construction sociale peut représenter pour les femmes. Puisqu’elles se construisent dans un rapport à l’autre, et ceci de manière multidirectionnelle, les femmes pourraient, mieux que les hommes, développer une capacité cognitive d’analyse systémique et empathique des dynamiques sociales du monde. Cela renvoie dans une certaine mesure aux travaux d’Edward T. Hall (1959) opposant cultures monochroniques et polychroniques :
» Les cultures monochroniques disposent d’une vue du temps linéaire et compartimenté.
» Les cultures polychroniques, à l’opposé, ont une perception plus flexible du temps qui leur permet par exemple de mener plusieurs activités en même temps.
Outre une dimension culturelle forte (l’Amérique du nord ou les pays scandinaves sont davantage « monochromes » que les espaces comme l’Amérique latine ou le Moyen-Orient), Edward Hall remarquait que la polychronie était d’essence plus féminine que masculine.

Il reste difficile de conclure trop rapidement à des généralités sur l’apport de telles capacités cognitives plus féminines que masculines. Par contre, on peut clairement supposer que 1/ compte tenu de la très forte domination masculine des directions générales des entreprises en France et 2/ comme la classe dirigeante reste assez homogène socialement et culturellement (même éducation, mêmes quartiers d’habitation, mêmes activités sociales), alors que 3/ les environnements professionnels encouragent toujours plus l’interdisciplinarité, le multi-tâche et l’agilité, la capacité à croiser des informations et mélanger les domaines… l’absence de femmes au pouvoir prive forcément les entreprises d’une richesse sociale et culturelle permettant de mieux appréhender la complexité du monde actuel, et en relever les défis.

Les témoignages tels que ceux de Platon et d’Anne-Marie Slaughter, permettent ainsi d’apporter de nouvelles perspectives à de vieux problèmes, et finalement de se ressourcer sur des grands classiques du management des années 1950 pour repenser les défis managériaux du 21ème siècle.

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Auteur de différents ouvrages sur les questions de RSE et développement durable. Expert international reconnu, Farid Baddache travail à l’intégration des questions de droits de l’Homme et de climat comme leviers de résilience et de compétitivité des entreprises. Restez connectés avec Farid Baddache sur Twitter @Fbaddache.

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