Prioriser les enjeux ESG à travers des approvisionnements complexes

Prioriser les enjeux ESG dans les supply chains complexes

Le rapport 2020 sur les risques du Forum économique mondial s’est fait l’écho d’un revirement majeur. Le monde des affaires voit désormais dans la crise climatique et l’épuisement des ressources naturelles une priorité absolue. Et ce, tant en termes de probabilité que d’impact. 2020 aura donc cristallisé l’urgence des enjeux d’une croissance inclusive et durable. 2021 devrait marquer le coup d’envoi d’actions plus en phase avec l’agenda mondial à l’horizon 2030.

L’année passée a démontré les effets de l’imbrication des crises climatique, sociale et numérique. 2021 devrait donc fournir des outils concrets pour la décennie à venir. Il est également probable que 2021 soit marquée par un engagement souverain plus fort autour des risques ESG, les Droits humains et les engagements de responsabilité des entreprises. La nouvelle année devrait voir les grands acteurs économiques relever leurs ambitions et décupler de vigilance.

Face à cette convergence de défis, les entreprises doivent en anticiper les implications managériales. Ksapa propose donc son approche de priorisation des enjeux ESG à travers les chaînes d’approvisionnement. Il s’agit tout d’abord d’examiner dans quelle mesure la crise de la Covid-19 a cristallisé les risques ESG. Nous proposons dans la foulée nos solutions pour mieux définir les stratégies de dialogue et activités d’approvisionnement.

Covid-19 renforce l’importance de prioriser les enjeux ESG dans les supply chains

Les chaînes d’approvisionnement sont bien souvent le talon d’Achille le plus évident de nombre de multinationales.

Résilience à long terme

La notion que les entreprises doivent mieux comprendre et gérer les risques éthiques, sociaux et environnementaux n’a rien de nouveau. C’est d’autant plus vrai dans les approvisionnements que dans leurs opérations directes. Les entreprises font en effet l’objet d’une pression croissante en matière de gestion d’enjeux ESG sensibles avec leurs fournisseurs.

Dans le contexte de la Covid-19, la hiérarchisation des priorités ESG sur toute la chaîne d’approvisionnement déterminera le succès ou l’échec d’un groupe. La valorisation financière d’actions indexées sur le climat surpassait par exemple toute autre de 7,6% dès décembre (3% depuis février). Les actions ESG ont devancé les autres de 7% au cours des 2 périodes. Le choc pandémique semble favoriser les multinationales, moyennant une capacité avérée à maintenir leur cap dans un contexte opérationnel des plus volatils. La performance ESG y contribue grandement. Le cours des actions des 100 entreprises les plus puissantes s’est en effet mieux porté face à la Covid-19 avec une chute médiane de 17% en mars, contre 36 % pour les 100 plus faibles.

Impact économique

La priorisation des enjeux ESG à travers la chaîne d’approvisionnement n’est pas seulement un outil de résilience à long terme. C’est une stratégie tout ce qu’il y a de plus payante. Si les entreprises anticipent efficacement les mutations en cours, la gestion de la performance ESG offre des opportunités majeures pour porter des transformations concurrentielles stratégiques. Pour le reste, le plus grand risque n’est plus d’être le primo-arrivant, mais bien de perdre toute compétitivité et valorisation financière associée.

Ainsi, d’après une étude de McKinsey en 2020, 83% des sondés estimaient que les initiatives ESG contribueront davantage à la valeur actionnariale dans 5 ans qu’aujourd’hui. Elles considéraient aussi qu’une bonne performance ESG crée de la valeur à la fois à court et à long terme. La valeur à long terme des programmes socio-environnementaux pourrait de plus égaler – voire dépasser – celle des programmes de gouvernance. Enfin, de solides performances ESG pourraient déboucher sur une prime de 10% lors de l’acquisition d’une entreprise.

Conformité réglementaire

Au-delà d’implications réputationnelles évidentes, la hiérarchisation des priorités ESG sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement relève de plus en plus de la conformité réglementaire.

Souvent citée comme référence, la loi française sur le devoir de vigilance exige des multinationales qu’elles mettent en œuvre des plans de diligence raisonnable en matière d’enjeux ESG sur l’ensemble de leurs approvisionnements. La Chine impose elle aussi des obligations de publication des données ESG. De même, l’Union européenne exige des entreprises qu’elles communiquent leurs politiques sur les questions socio-environnementales. La directive devrait à terme fixer des processus de diligence raisonnable capables d’identifier, prévenir et gérer les risques existants et potentiels à travers les chaînes d’approvisionnement.

Défis clefs de prioriser les enjeux ESG dans les approvisionnements

Si les praticiens insistent sur la priorisation des enjeux ESG dans les approvisionnements, c’est qu’elle impacte directement les entreprises. Cette démarche influence les flux d’approvisionnement, en particulier les matières premières et autres composants clés. L’allongement de la livraison peut à l’inverse se traduire par le mécontentement du consommateur.

Plus généralement, cette hiérarchisation des priorités ESG détermine la capacité des fournisseurs à livrer des matériaux de qualité en temps voulu. L’alternative malheureuse ? Assumer le coût de réorienter ses flux pour éviter des fournisseurs insatisfaisants. En fin de compte, c’est l’acceptabilité de l’entreprise qui est en jeu. Cette dernière dépend de sa capacité à soigner sa réputation. Une réputation elle-même indexée à de solides performances en matière d’environnement, de Droits de l’Homme ou encore d’intégrité.

Justifiée par les impacts commerciaux sous-jacents, une diligence raisonnable des enjeux ESG sur toute la chaîne d’approvisionnement revient à planifier, documenter et suivre des progrès des entreprises. Une telle approche permet aux groupes de déterminer leur degré de visibilité sur leur chaîne d’approvisionnement. Elle documente aussi la nature de leurs relations d’approvisionnement, la portée de leurs campagnes d’audit et la qualité de leur dialogue avec leurs parties prenantes autour de ces questions ESG.

C’est en tout cas la théorie. En pratique, les responsables des achats citent souvent les 4 défis suivants dans l’amélioration des performances ESG de leur chaîne d’approvisionnement : 

1. Complexité liée au nombre de fournisseurs

La plupart des entreprises travaillent typiquement avec des dizaines de milliers de fournisseurs. Au-delà du défi de gérer des chaînes d’approvisionnement si denses, elles peuvent faire face à divers risques ESG liés à de multiples catégories d’achats. Une enquête sur Boohoo a par exemple mis en évidence la difficulté de contrôler l’externalisation. Entre autres infractions, le groupe s’appuyait sur 500 fournisseurs… bien plus que les 50 fournisseurs de premier rang initialement indiqués.

2. Réduction de coûts

Les responsables des achats sont en fin de compte chargés de rationaliser les coûts et l’efficacité. Du strict point de vue de l’optimisation, la performance ESG ajoute une nouvelle couche de complexité quelque peu malvenue. Un exemple clé réside dans les audits coûteux, qu’il s’agisse de référencer de nouveaux fournisseurs ou d’évaluer leur alignement avec les politiques sociales du Groupe.

À l’inverse, les progrès rapides de la technologie font du gestion responsable des approvisionnements une solution aussi complète que compétitive. Rares sont cependant les entreprises qui communiquent de façon convaincante les émissions de GES de l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement. Un rapport du CDP affirme d’ailleurs que moins de 20% des rapports de 504 entreprises du secteur des biens de consommation courante rendent pleinement compte de l’impact climatique de leurs approvisionnements.

3. Sphère d’influence insuffisante

Bien qu’un nombre croissant d’entreprises semble avoir acté que leurs risques en matière de Droits humains ne sont pas circonscrits à leurs opérations directes (ni même à leurs fournisseurs de premier rang), peu exercent une influence tangible au-delà de cette limite.

Répondre aux attentes croissantes des parties prenantes suppose que les entreprises trouvent cependant de nouvelles solutions. Il s’agit principalement de faire face à une responsabilité souvent diluée, en y allouant les ressources nécessaires. Cela commence par renforcer leurs systèmes de diligence raisonnable et améliorer leur impact global à travers des approvisionnements complexes. Un rapport souligne la difficulté de l’exercice en identifiant le recours à du travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement de 83 marques de renom. Un constat qui ne fait que renforcer l’urgence de collaborer à l’échelle sectorielle pour traiter des enjeux sensibles. La question des violations des Droits de l’Homme parmi les minorités ethniques est à ce titre particulièrement prégnante.

4. Gestion de ressources limitées

Les services des achats tendent à être en sous-effectif ou sous-financés. Viser une performance ESG plus sophistiquée dans sa chaîne d’approvisionnement implique d’allouer plus de temps à la gestion des fournisseurs. Il faut également développer plus d’outils pour faire face à une complexité croissante.

L’accumulation de scandales liés aux approvisionnements démontre cependant qu’il n’existe pas de solution parfaite. Les impacts négatifs peuvent être (et sont souvent) négligés faute de points de contrôle pertinents. Tout progrès dépend donc d’une meilleure hiérarchisation des priorités ESG à travers les approvisionnements, en fonction de catégories d’achats prioritaires. Voici comment.

Évaluer la matérialité des enjeux ESG en fonction des catégories d’achats

Apport méthodologique

Une matrice de matérialité permet aux entreprises de structurer des stratégies de développement durable. De la même manière, elle permet de prioriser les enjeux ESG dans les approvisionnements. Cette méthodologie vise à identifier d’éventuels points chauds, pour prioriser les enjeux ESG et gérer les risques et opportunités attenant. Et ce tout au long de chaînes d’approvisionnement complexes.

L’équipe Ksapa a développé de nombreuses évaluations de risques pour une gestion responsable et durable des approvisionnements. Cela nous a amené à développer ce type de matrice pour le compte d’une entreprise de biens de consommation. Le bilan est résumé dans le tableau ci-dessous. Ce visuel aide les équipes à se concentrer sur les risques ESG critiques pour chacune de leurs catégories d’approvisionnement prioritaires.

Une matrice de matérialité des catégories d’achats permet aux entreprises de mieux cibler leurs plans d’action et de dialogue en fonction des risques ESG les plus critiques selon les catégories d’achats.

Considérations applicatives

La première catégorie présente un profil de risque bien identifié et une bonne compréhension des risques sociaux sous-jacents, notamment en matière de travail des enfants. Cela justifie une attention accrue dans à la sélection et sensibilisation des fournisseurs, afin de mieux gérer les risques éventuels.

Ce résultat peut aussi justifier de nouvelles prises de décision, par exemple pour mettre fin à des relations commerciales. Ce recours est utile si un fournisseur ne démontre pas une sensible amélioration de ses performances sociales. Une entreprise technologique, par exemple, peut atténuer son exposition aux risques liés aux minéraux de conflit grâce à une cartographie complète de ses achats. Elle peut de même publier les résultats de ses audits et le nombre de contrats résiliés du fait de pratiques condamnables.

Le tableau montre aussi que certaines catégories sont sujettes à des risques contextuels. Il peut notamment s’agir d’une exposition supérieure à la moyenne aux risques liés aux pandémies et au climat. Il convient alors d’accorder davantage d’attention aux plans de gestion de crise des fournisseurs stratégiques. Ce constat peut déclencher la décision commerciale de diversifier les approvisionnements ou définir des seuils pour plafonner les activités avec certains fournisseurs concernés.

Les plateformes logistiques ont par exemple récemment constaté que certains matériaux comme le carton favorisent la propagation de la Covid-19. Cette alerte a logiquement nécessité un examen plus minutieux des protocoles de sécurité sanitaire de leurs employés. De la même manière, un producteur de caoutchouc doit prendre en compte le fait que les pneus usagés abritent des moustiques propagateurs de maladies. Il doit donc adapter ses processus de fin de vie ou réorienter les flux vers des usines moins exposées.

Conclusion : prioriser les enjeux ESG pour mieux structurer les plans de dialogue et d’actions

Rares sont les ceux qui possèdent le savoir-faire nécessaire à réaliser un profilage ESG systématique pour chaque catégorie d’achats. C’est cependant d’autant plus critique que les chaînes d’approvisionnements sont de plus en plus complexes.

Ksapa accompagne donc les entreprises prioriser les enjeux ESG dans leurs approvisionnements en exploitant des méthodes et données solides. Nos équipes interviennent pour définir et calibrer leurs profils de risque et ainsi déclencher les décisions commerciales pertinentes. Notre apport méthodologique nous permet en effet de rationaliser les activités d’approvisionnement complexes. Nous travaillons avec les category managers pour prioriser les enjeux ESG de l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement.

Ce n’est qu’alors que les entreprises peuvent renforcer leurs chaînes d’approvisionnement en dépit d’un contexte de profonde incertitude. C’est aussi à cette condition qu’elles pourront répondre aux attentes de leurs parties prenantes en matière de résilience de long terme et de conformité réglementaire.

Forte d’une expérience internationale auprès de structures publiques, privées et associatives, Margaux Dillon intervient chez Ksapa en tant que consultante en développement durable et responsabilité des organisations.
Elle avait auparavant travaillé pour les cabinets Deloitte et Quantis, assuré la promotion institutionnelle de l’infrastructure de recherche sur les écosystèmes ENVRI+ pour le compte de l’INRA, et contribué au reporting extra-financier du groupe Total.
Margaux est de nationalité franco-américaine et est titulaire d’un Master en histoire, communication, entreprises et affaires internationales ainsi que de deux certifications en développement durable de l’IEMA et Centrale-Supélec. Elle parle anglais, français et espagnol.

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