Un antidote à l’ODD-Washing: 5 clés de progrès pour qu’entreprises et investisseurs s’alignent sur l’Agenda 2030

Dernier en date d’une série de distorsions dans les engagements de développement durable du secteur privé, l’ODD-Washing consiste à soutenir nominalement une initiative des Nations Unies, sans résolument agir en faveur de la société, ni même gérer ses impacts négatifs. 5 clefs de progrès pour qu’ils contribuent à la complétion des ODD à la hauteur de leurs moyens.

S’impliquer au niveau attendue par les Objectifs de Développement Durable

L’enjeu est double. Sous couvert de soutenir les Objectifs de Développement Durable à horizon 2030, nombre d’acteurs économiques ont réduit leur contribution soit à l’un des 17 ODD, soit à un seul sous-objectif au sein de l’objectif plus large qu’ils prétendent servir. D’autres ont bien développé une feuille de route, mais leurs objectifs ne reflètent pas la vision de long terme que poursuivent les ODD. Ainsi décontextualisés, leurs plans d’action sont nécessairement incomplets, voire contre-productifs.

1. Des engagements, mais une action trop parcellaire

Si l’Index 2020 de l’exploitation minière responsable a mis en évidence des efforts majeurs vis-à-vis des ODD, il souligne aussi que les entreprises du secteur se sont globalement cantonnées à des engagements formels. Depuis le rapport de 2018, certaines entreprises ont développé des normes de gestion plus strictes, quoique la plupart peine à traduire les engagements publics en pratiques commerciales durables. Beaucoup ne sont pas en mesure de démontrer l’efficacité de leurs systèmes de gestion des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). C’est finalement un comité des plus restreints où une cartographie complète des risques est conduite et des mesures pertinentes viennent traiter l’occurrence de risques.

2. La prévalence d’une vision parcellaire

Dans le secteur minier comme ailleurs, les engagements publics n’impliquent pas nécessairement que les entreprises consacrent les ressources nécessaires pour planifier, agir, vérifier et remédier pleinement au risque. Les entreprises doivent en outre veiller à ne pas compromettre, par des actions contre-productives, l’institution des ODD dans son ensemble. Par exemple, une entreprise peut miser sur les technologies numériques et les énergies renouvelables pour agir en faveur du climat (ODD 13). Sans prendre en compte les graves atteintes à l’environnement et aux Droits de l’Homme liées à l’extraction de terres rares, elle contrevient à l’ODD 8 en matière de travail décent et de croissance économique. De la même manière, toute entreprise agroalimentaire devrait pouvoir prétendre lutter contre la faim dans le monde (ODD 2), mais la vente de produits gras et sucrés contribue de fait à l’essor des maladies cardiovasculaires, en contraste avec l’ODD 3 de santé et bien-être. Ces deux exemples illustrent bien la complexité des enjeux liés aux ODD : peu sont ceux qui peuvent donc se targuer d’exemplarité en matière d’ODD-Washing.

3. Un reporting incomplet

Selon le rapport 2018 de la Global Reporting Initiative, 31 % des rapports de développement durable dans sa base de données comportaient un engagement en faveur des ODD. Le World Business Council for Sustainable Development estime aujourd’hui que 79 % des 157 entreprises analysées sont au moins partiellement alignées avec l’Agenda 2030. De fait, 45 % d’entre elles indexent réellement leurs objectifs de développement durable sur des critères liés aux ODD. Seules 6 % alignent leurs stratégies à des sous-objectifs spécifiques aux ODD et mesurent efficacement leur contribution aux ODD les plus pertinents pour leur cœur de métier.

Vu ce décalage en matière de reporting et la carence plus générale de données pertinentes, les agences de notation peinent à se prononcer sur la sincérité des engagements des entreprises vis-à-vis des ODD. Si les investisseurs sont attentifs aux spécificités de la performance ESG, la mesure des progrès par rapport aux ODD ne consiste pas tant à analyser des informations quantitatives ou qualitatives : elle évalue plutôt la capacité d’une entreprise à formaliser une vision stratégique à long terme. Autrement dit, ODD et reporting ESG sont deux enjeux très différents du point de vue des analystes, qui ne disposent pas de tableaux d’équivalence pour aborder les deux d’emblée. Si le Global Compact et la GRI ont publié des recommandations pour le reporting et développement de plateformes de partage de bonnes pratiques, seules 40 entreprises semblent en avoir perçu l’opportunité.

Le rapport 2020 sur les ODD souligne une “inégalité persistante des progrès”, la mobilisation autour de la faim dans le monde, le changement climatique et les inégalités sociales semblant ralentir – voire s’inverser. Les signes d’une deuxième vague de propagation de la Covid-19 tendraient à confirmer, si besoin était, l’urgence d’une action globale et concertée.

5 clés de progrès pour qu’entreprises et investisseurs s’alignent avec l’Agenda 2030

Le défi pour entreprises comme investisseurs semble résider dans l’accès à des recommandations concrètes et cohérentes pour s’aligner avec l’Agenda 2030. Ksapa propose 5 clefs de progrès pour qu’ils contribuent à la complétion des ODD à la hauteur de leurs (considérables) moyens.

1. Sélectionner des ODD pertinents pour son cœur de métier

Le cadre des ODD définit un objectif commun à la communauté internationale et ses parties prenantes au sens large. Chacun des 17 ODD a sa propre finalité. Les entreprises ne peuvent donc pas – et n’ont jamais été pas censées – traiter tous les ODD de front. Une entreprise n’est d’ailleurs crédible que si elle agit sur les ODD les plus pertinents pour son cœur de métier. Prioriser un maximum de 5 ODD est une façon pour elle de démontrer que son action vis-à-vis des ODD répond bien à sa proposition de valeur. Par exemple, une entreprise qui commercialise des solutions d’efficacité énergétique sert la mobilisation générale pour le climat (ODD 13) ; de même, une entreprise textile qui cible une clientèle féminine est la mieux placée pour se focaliser sur la parité entre les genres (ODD 5).

2. Indexer la stratégie d’entreprise à long terme et le développement de nouveaux produits et services sur ses progrès vis-à-vis des ODD

Les ODD structurent une approche commune pour atteindre une croissance durable et inclusive d’ici à 2030. Bien que la plupart des entreprises tardent à se saisir pleinement de l’opportunité des ODD, il y a là un cadre d’action clair et ambitieux pour concevoir une vision et des objectifs dans la durée. C’est un outil des plus crédibles pour affirmer son leadership termes d’engagement sociétal. Un acteur de l’agroalimentaire serait par exemple avisé de se pencher sur l’ODD 3 (Santé et Bien-Être), ses sous-objectifs éclairant bien la refonte de son portefeuille de produits, dans le bus de progressivement réduire leur teneur en sucre, sel, acides gras saturés et autres ingrédients hyper-transformés.

3. Prendre compte des interconnexions entre ODD pour réduire ses impacts négatifs

Il y a fort à parier que des progrès sur un ODD donné aient un impact sur l’Agenda 2030 au sens large. En effet, la lutte contre le changement climatique (ODD 13) passe notamment par la généralisation de l’énergie renouvelable, qui cause cependant des changements d’affectation des sols, au détriment de la production alimentaire (parcs éoliens, production de biocarburants de première génération…) et impacte à terme la lutte contre la faim (ODD 2). Ainsi, une entreprise qui s’engagerait dans la transition énergétique doit cartographier ses risques et prendre des mesures pour atténuer les impacts négatifs d’une telle démarche. Elle peut notamment tabler sur la sélection pertinente des terres ou la gestion des questions relatives aux Droits de l’Homme et l’amélioration des conditions de travail ou de vie dans ses chaînes d’approvisionnement (ODD 8).

4. Démontrer un engagement tourné vers l’avenir et fondé sur des résultats avérés  

L’impact de l’engagement de l’entreprise et de sa politique de développement durable dépendent d’un examen approfondi de ses performances passées et des retours des parties prenantes. L’enjeu pour l’entreprise réside dans sa capacité à s’appuyer sur ses performances passées pour amplifier ses contributions aux ODD prioritaires dans les années à venir. La consommation et la production durables (ODD 12) sont par exemple parmi les ODD les plus plébiscités par le secteur privé. La crédibilité des contributions individuelles dépend donc de leur partage d’information sur leurs efforts passés vis-à-vis des ODD, en intégrant au fut et à mesure des enseignements pratiques et en adoptant de nouveaux objectifs pour amplifier l’impact global à horizon 2030.

5. S’engager sur la durée, avec impact et pour la performance économique

Les ODD sont fondamentalement des objectifs au long cours, là où les cycles économiques sont davantage guidés par des objectifs de performance à court terme. Pour éviter un engagement parcellaire dans le cadre des ODD et persévérer, que les comptes soient au beau fixe ou non – et la récession induite par la pandémie Covid-19 laisse entendre qu’ils seront mauvais – les entreprises doivent lier leurs performances économiques à leur impact à long terme vis-à-vis des ODD. Par exemple, les entreprises impliquées dans l’innovation et les infrastructures (ODD 9) devront justifier de l’alignement de leurs résultats (en termes de ventes de solutions techniques notamment, en volume et sur les marchés prioritaires) avec l’impact projeté vis-à-vis des ODD, en partant de critères comme le nombre de bénéficiaires, les impacts quantifiés sur leur vie quotidienne ou l’empreinte environnementale de leur organisation. De cette façon, la corrélation entre le cœur de métier et l’engagement social est limpide : la compétitivité de l’entreprise dépend de la réalisation des ODD, indépendamment de la tendance du marché.

Conclusion | Exploiter une opportunité à 12 000 milliards de dollars

D’après le rapport Better Business, Better World, un engagement résolu des entreprises pour les ODD pourrait contribuer à la création de 380 millions d’emplois et débloquer quelques 12 000 milliards de dollars d’opportunités commerciales d’ici à 2030. Entreprises et investisseurs ont de plus une obligation éthique majeure à agir dès à présent à l’interface critique entre croissance économique, inégalités, risques environnementaux et violations des Droits de l’Homme – et ce, d’autant plus dans le contexte de récession provoquée par la pandémie Covid-19.

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