Désobéissance civile et engagement de parties prenantes

Dans un livre sorti ce mois, Christiana Figueres, la diplomate qui a mené les négociations de l’Accord de Paris appelle à la désobéissance civile non violente pour forcer les institutions à répondre à la crise climatique. Elle apporte son soutien à Greta Thumberg et au mouvement Extinction Rebellion qui vient de multipler les actions spectaculaires occupant les locaux et activités opérationnelles de différents investisseurs et industriels pour forcer ces derniers à mieux prendre en compte les questions climatiques. Voici notre analyse de cette évolution qui n’a rien d’un événement marginal.

Cet engagement prend acte de l’insuffisance de l’action publique et privée face à la question climatique. C’est un signal qui donne le ton de ce qui va de manière croissante s’imposer aux entreprises et investisseurs, dans les années à venir: créer de la valeur et de l’emploi en démontrant une compatibilité climatique des activités. Ces transformations ne se font pas sans résistances, et posent rapidement les questions de transition juste pour les emplois, les consommateurs et les territoires.

Nous invitons ainsi entreprises et investisseurs à tirer 3 enseignements de cette nouvelle donne:

1. N’importe quel secteur est à risque

Toute entreprise et gestionnaire d’actifs doit adopter un ensemble de mesures associant réduction, substitution et circularisation des services et produits, compatibles avec une trajectoire 1,5 degré. C’est la seule manière d’anticiper le risque juridique, le risque de dépréciation d’actifs et le risque de l’effet Kodak, pour s’adapter au bon moment. Déjà en 2000, et encore en 2010, nous avons travaillé sur des stratégies climats à 10 ans avec des objectifs qui semblaient difficiles et ont souvent été largement dépassés. Il faut se projeter sur 2025 et 2030 avec des objectifs à la hauteur des enjeux de compétitivité et nécessaires pour protéger les actifs

2. Les démarches réglementaires et volontaires à ce jour offrent une réponse utile, mais clairement insuffisante

Une brève revue des actions publiques et privées recensées dans le monde, disponible par exemple sur cette plateforme NAZCA de l’ONU, permet de trouver inspiration pour renforcer ses propres actions. S’aligner sur ces actions n’apporte pour autant aucune garantie suffisante pour assurer la protection des actifs face au risque climatique de dépréciation, ni pour anticiper le risque Kodak lié à l’acceptabilité de produits et services non compatibles avec les enjeux climatiques dont il est question

3. Utiliser le concept de Transition Juste comme cadre d’action

Réfléchir autour de la Transition Juste permet de passer d’une logique de dilution collective des responsabilités à une dynamique de responsabilisation conjointe de parties prenantes intéressées par un dénominateur commun qui peut être une activité, une entreprise, un territoire sous les angles de l’évolution des activités économiques, emplois, taxes, valeur des actifs considérés, sous contrainte et transformation portée par la nouvelle donne climatique en cours.

Conclusion : Nous entrons dans une nouvelle ère du dialogue de parties prenantes

Pour les années à venir, nous pensons que le climat attirera davantage l’attention de la société et suscitera moins d’intérêt pour un dialogue constructif. En réponse aux attentes tant juridiques que sociétales, les entreprises et les investisseurs ne pourront prendre part et mener un dialogue constructif que s’ils sont en mesure de montrer un cheminement crédible combinant l’alignement sur les attentes de l’accord de Paris (par exemple, les entreprises alignées sur une trajectoire de 1,5 degré), ainsi que des considérations de transition juste. Les conflits et les dialogues stériles se multiplieront dans l’alternative.

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