Une relance inclusive ? Tout simplement notre affaire à tous

Dans un contexte social explosif, la relance post-covid19 efficace exige de revoir comment nous créons et surtout partageons la richesse entre collaborateurs, le long des chaînes de valeurs et sur les territoires. La question des conditions de travail et du niveau de vie se pose de façon toujours plus urgente, alors que l’ère numérique tend à fragiliser l’employabilité et que les discrimination sur le lieu de travail reflètent des tensions plus larges autour des origines socio-économiques, du genre, des handicaps, de l’orientation sexuelle ou encore de l’âge…

La relance inclusive : un principe de bon sens pour entreprises et investisseurs

Si ne fallait choisir qu’un chiffre pour résumer l’enjeu de la croissance inclusive pour les entreprises et les investisseurs, ce serait peut-être celui-ci : une réduction des écarts de taux d’emploi et de salaire des populations discriminées en raison de leur sexe ou de leur origine ethnique pourrait rapporter 150 milliards d’euros à la France en 20 ans. Dans le contexte dégradé de l’après Covid-19, une attention toute particulière doit se porter sur les groupes sociaux dits vulnérables qui ont déjà largement démontré leur potentiel socialement explosif – les Gilets Jaunes illustrant les fractures territoriales, ou la capacité de ces groupes à se désintéresser du Vivre Ensemble – la récente abstention record aux élections municipales étant problématique à ce sujet.

“Comment innover en se privant de la diversité nécessaire ? Comment développer de l’activité économique pérenne sur des territoires instables et fracturés ?”

Le maître mot en matière de croissance inclusive est peut-être celui de la cohérence dans la durée, que ce soit dans le dialogue inter-parties prenantes des entreprises et la capacité à maintenir un cap en croissance autant qu’en récession, ou les logiques portées par les politiques publiques – par exemple en matière fiscale. La croissance inclusive a en effet souvent fait l’objet d’effets d’annonce lorsque les états financiers étaient au beau fixe. A l’heure où des pays sacrifient temporairement le Droit du Travail à la relance, activer une croissance inclusive peut sembler une gageure. Pour en examiner les défis et les solutions à y apporter, Ksapa a pu échanger avec Sarah Tesei (Vinci) et Alexandre Braïlowsky (Engie) dans un webinaire disponible ici.

Une pratique ancrée dans le travail de terrain

Ces concepts de croissance inclusive n’ont aucune vocation à rester conceptuels. C’est sur le terrain que tout se passe. Ksapa porte une expérience terrain riche et variée au travers de ses équipes et réseaux. Les intervenants partageant leur point de vue durant ce webinaire ont également chacune et chacun une longue expérience de terrain. Le consensus entre ces différents professionnels est clair : Le contact direct avec le terrain et, avec lui, un rapport sans intermédiation avec les collaborateurs, les partenaires et sous-traitants ou les communautés locales est indispensable.

Également, d’aucun associerait la notion de croissance inclusive avec des territoires lointains. Au contraire, le Covid-19 vient illustrer combien les inégalités sont entérinées – aux États-Unis comme en Inde, en France comme en Malaisie. Par exemple, selon les Nations unies, dans le sud de l’Espagne, des milliers de travailleurs agricoles sans papiers vivent entassés dans des abris faits de carton et de plastique, sans eau courante ni nourriture. Ceux qui récoltent fruits et légumes pour les Européens n’ont aucune protection contre la COVID-19 et travaillent dans des conditions constituant un risque de travail forcé et asservi, assimilables à de l’esclavage moderne.

Un dialogue est efficace lorsqu’il est concret et réaliste

Une politique de croissance inclusive est nécessairement intégrale et multi-acteurs. Elle doit passer par la case d’un dialogue dynamique et constructif avec les parties prenantes. Ces dernières sont en effet les à même d’identifier les enjeux prioritaires au plus près du terrain et sur l’ensemble de chaînes de valeur toujours plus complexe. Ce dialogue conditionne non seulement la capacité de l’entreprise à gérer efficacement ses risques, c’est aussi un des fondamentaux de la loi sur le devoir de vigilance.

La croissance inclusive implique donc une démarche managériale au long cours. Elle suppose également un dialogue soutenu pour accompagner les fournisseurs stratégiques dans une démarche d’amélioration continue. Dans des situations extrêmes l’entreprise pourra envisager de mettre fin à des relations commerciales du fait de violations des Droits Humains avérées. Dans l’esprit des Principes Directeurs des Nations Unies invitant les acteurs économiques à faire preuve d’influence pour faire évoluer les pratiques, la cessation d’activités économiques n’est pas nécessairement gage d’amélioration des pratiques sur le terrain.

La croissance inclusive exige une bonne lecture des dynamiques sociales et territoriales. Par exemple, si Engie s’affirme comme un chef de file de la transition énergétique, cette transition ne saurait être seulement technologique, elle doit aussi et surtout être juste. Toute sortie du charbon doit notamment prendre en compte l’impact sur les communautés productrices, dans des contextes parfois socialement explosifs comme a pu l’être celui de la Colombie ou en Australie. A l’inverse, le Groupe mise sur l’ouverture de l’actionnariat de projets éoliens ou solaires aux communautés locales : l’acceptabilité des énergies renouvelables est d’autant plus forte que les riverains participent à leur développement. Ce type d’approche permet de plus de dépasser une logique d’attractivité des territoires, en investissant dans la pérennité du développement.

L’action collective : une impérative nécessité

La complexité des enjeux du terrain n’est pas nouvelle. L’importance de porter des actions collaborative multi parties prenantes est une évidence. L’ampleur de la pandémie Covid-19 vient rappeler ces évidences et oblige l’entreprise à acter qu’elle n’a pas à elle seule le pouvoir d’impulser le changement nécessaire pour concevoir et déployer des programmes plus inclusifs.

Pour autant, et on ne pourra trop le souligner dans un contexte social toujours plus volatil et conflictuel, cette co-construction multisectorielle est en butte à une réalité bien antérieure au Covid-19 : les acteurs en présence – décideurs publics et privés, multinationales et petites ou moyennes entreprises, investisseurs et syndicats ou encore organisations de la société civile – doivent apprendre à s’écouter et travailler ensemble. Ils doivent désormais faire plus vite et mieux. Nombre d’entreprises peinent pourtant à travailler avec leurs parties prenantes, malgré la demande croissante de concertation, de transparence et d’amélioration des processus. Ce sera l’occasion pour Ksapa de démêler les enjeux du dialogue inter-parties prenantes à l’ère du conflit social et du digital dans son wébinaire du 21 juillet.

La transition d’un capitalisme d’actionnaires vers un capitalisme de parties prenantes doit enfin se justifier par du résultat et de l’impact.

  • Cela exige tout d’abord de déployer les ressources disponibles différemment pour tirer les enseignements des succès et échecs à date, et identifier de nouvelles opportunités pour faire mieux. C’est un gage de crédibilité. Ce sera notamment l’objet d’un prochain wébinaire Ksapa le 29 septembre, qui examinera justement la capacité de financements innovants à accélérer la transition climatique ou accélérer l’économie circulaire sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
  • Cela exige enfin de démontrer de l’impact quantitatif ou qualitatif. A cet effet, des outils et référentiels sont déjà disponibles. Avec Ksapa, nous avons travaillé par exemple avec le programme DIME de la Banque Mondiale ou bien le référentiel IRIS+. Ces outils sont publics et répondent au besoin des parties prenantes désireuses de se fixer des objectifs comparables. Il s’agira ensuite pour l’entreprise inclusive de prioriser les indicateurs les plus pertinents et d’envisager une approche plus granulaire selon des priorités de segments de population. Une entreprise engagée dans la création d’emplois sur un territoire pourra ainsi démontrer sa capacité à créer de l’emploi de qualité offrant un parcours professionnel par le développement des compétences et du salaire sur plusieurs années d’activité locale.

Conclusion : vision et leadership garants de la croissance inclusive

Toute sortie de crise passe par la coopération, qui elle-même dépend de la capacité des acteurs à faire bloc derrière un cadre de référence commun. Cette vision a du mal à se dégager dans le contexte de profonde incertitude qui est le nôtre. Pour autant, ce seront précisément les décideurs capables de poser les jalons d’une relance inclusive qui pourront tirer leur épingle du jeu. Ce défi du leadership en phase de récession sera l’enjeu d’un prochain webinaire de Ksapa en collaboration avec le Harvard Belfer Center le mardi 1er septembre.

Ksapa est une plateforme internationale de référence soucieuse de faire avancer les questions d’inclusion au sein des communautés d’entreprises et d’investisseurs au cœur de son projet d’entreprise à mission. Quelques 80 organisations se sont ainsi jointes à notre réflexion, sur des sujets aussi sensibles et complexes que les droits humains et l’attractivité des territoires à l’aune de la croissance inclusive, dont Axa, Fromageries Bel, BlackRock, BNP Paribas, Bolloré, Bouygues, la Caisse des Dépôts, BPI France, BPCE, Cap Gemini Invent, EDF, Enercoop, Engie, KissKissBankBank, La Mutuelle Générale, L’Oréal, Sanofi, Schneider Electric, la Walt Disney Company, Stef, Total et Vinci. Ils étaient notamment rejoints par des consultants, universitaires et organisations parmi lesquelles l’OCDE, l’AFD, le Centre Français des Fonds et Fondations, Finance for Tomorrow, Paris Good Fashion, la Fondation Ensemble, Globescan, le Groupe SOS, McKinsey & Company, Vigeo-Eiris, la ESI Business School, l’ESSEC, mais aussi Challenges, Europe 1, France 24, le Huffington, News RSE, Novethic, Vigeo Eiris et Youmatter.

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