Gérer les risques socio-environnementaux de sa supply

3 axes pour mieux gérer les risques socio-environnementaux de sa supply chain

Dans son dernier wébinaire, Ksapa a convié Schneider Electric et Michelin pour échanger sur la remédiation des risques socio-environnementaux. Vous avez été nombreux à vous joindre. Ksapa relève le défi avec un plan en 3 axes discuté avec les intervenants dont les contenus sont accessibles ici.

Le paysage réglementaire pousse de plus en plus les entreprises à mieux gérer les risques socio-environnementaux de leurs supply chains. Par exemple, les conclusions du Conseil européen sur les Droits de l’Homme dans les approvisionnements mondiaux ont été approuvées. La Commission européenne va donc tabler sur un nouveau cadre juridique rendant la diligence raisonnable obligatoire pour les entreprises. Son mandat inclue également le lancement d’un plan d’action sur les chaînes d’approvisionnement durables à partir de 2021. Il combinerait ainsi la promotion des Droits de l’Homme, de normes de diligence raisonnable socio-environnementale et de la transparence.

Le but est d’exiger des entreprises qu’elles révisent la portée et la granularité de leurs gestion et remédiation de risques. Il s’agit à terme de renforcer l’accès aux recours pour les éventuelles victimes de violations des Droits de l’Homme. Elles pourront ainsi prendre des mesures pertinentes pour prévenir ces risques – tout en évaluant l’efficacité de telles mesures en continu.

Que faudra-t-il donc pour que les entreprises conçoivent, activent, contrôlent et communiquent d’efficaces procédures de gestion de leurs risques socio-environnementaux ? Comment s’assurer qu’elles couvrent l’ensemble de leur approvisionnement, au-delà de leurs opérations et filiales ? Pour apporter des solutions concrètes aux grands enjeux de notre époque, Ksapa propose 3 axes de travail pour mieux gérer les risques socio-environnementaux des supply chains. 

Des injonctions contradictoires freinent la bonne gestion des risques socio-environnementaux des supply chains

Les entreprises font l’objet d’injonctions contradictoires pressantes. Elles doivent mieux gérer les risques socio-environnementaux de leur supply chains, tout en évoluant dans un marché mondial en pleine transformation.

Une pression croissante

Le forum des Nations unies sur les entreprises et les Droits de l’Homme s’est fait écho de cette pression. Dans le même temps, les Principes pour l’investissement responsable ont lancé un programme pluriannuel sur les Droits de l’Homme. En somme, une solide politique de respect des Droits de l’Homme renforce l’entreprise qui la développe. Elle renforce en effet l’évaluation des risques et répond aux attentes des parties prenantes. 

Tout converge à générer une pression encore plus forte sur les entreprises – y compris de la part de leurs investisseurs. Le récent rejet par les cantons suisses d’un cadre national de diligence raisonnable cristallise ces enjeux. Ce vote a automatiquement fait entrer en vigueur une contre-proposition plus modérée. Mais le sens de l’histoire est en marche: Les entreprises suisses ne devront pas moins s’aligner avec la directive de l’UE pour conserver des liens avec le marché européen. 

Des risques interconnectés 

L’initiative Institute for Human Rights and Business, intervenue récemment dans le cadre des activités de Ksapa, se fait l’écho de cette mobilisation. Elle signale en effet l’interconnexion des risques sociaux et environnementaux à travers la supply chain. Son récent rapport appelle à intégrer toutes les approches de respect des Droits de l’Homme, justice climatique et développement durable. En période de crise, cela contribuerait également à une relance à la fois verte et juste.  

Des approvisionnements complexes

Dans le même temps, les chaînes d’approvisionnements sont éminemment mondialisées, complexes et interconnectés. Les commodités agricoles en sont un exemple type: des dizaines de milliers de fournisseurs approvisionnent les acheteurs du Fortune 500. Les entreprises doivent donc mieux appréhender leur amont, pour identifier et palier les impacts négatifs de leurs approvisionnements.  

Facteur additionnel de complexité , la Covid-19 ajoute 2 freins aux efforts de gestion des risques socio-environnementaux dans les supply chains:

  • Tout d’abord, la crise a provoqué la pire récession depuis 1929. Elle propulse les entreprises dans une logique de contrôle des coûts plutôt que de résilience des approvisionnements. 
  • Les mesures de confinement ont également forcé nombre d’acteurs économiques à remettre en question leurs structures d’approvisionnement. Cela ne les encourage donc pas à investir pour améliorer la performance socio-environnementale de leurs supply chains.

Le plan en 3 axes de Ksapa pour mieux gérer les risques socio-environnementaux des supply chains

Les entreprises s’efforcent de trouver l’équilibre entre la remédiation proactive de leurs risques et une gestion réactive de leurs approvisionnements. Tout cela dans un contexte de crises convergentes appelées à durer. Avant que ces injonctions contradictoires ne paralysent leurs approvisionnements, elles doivent apprendre à mieux identifier, gérer et prévenir les risques correspondants. Voici 3 façons de procéder. 

1. Éliminer les causes profondes des risques socio-environnementaux 

Lors de notre wébinaire, les intervenants ont convenu que la meilleure gestion de risques élimine les risques à la source. Ils ont partagé 3 approches de révision de leur modèle économique pour réduire leurs risques socio-environnementaux :

Éliminer, réduire, opter pour l’économie circulaire

Lorsque notre régime alimentaire n’est pas sain, on commence par revoir nos repas. De la même manière, Michelin et Schneider cherchent à réduire la quantité de produits transitant par leurs chaînes d’approvisionnement. Michelin améliore par exemple la résistance de ses pneus, pour diminuer la consommation de carburant et les émissions de polluants et carbone à travers leur phase d’usage. L’économie circulaire offre en cela un outil de choix, dans la mesure où elle réduit mécaniquement l’exposition au risque. Elle permet également de réduire les coûts et remédier aux pénuries, deux impératifs commerciaux structurels par temps de crise pandémique.  

Délaisser les composants à risque

Certaines des propriétés qui assurent la fonctionnalité des produits les rendent également dangereux. Si ces risques ne peuvent être maîtrisés, ces composants doivent être à terme éliminés des chaînes d’approvisionnement et remplacés.  Schneider Electric et Michelin ont par exemple publié des stratégies climat ambitieuses. Schneider Electric vise notamment une économie équivalente à 4 millions de tonnes de carbone par an en renonçant au SF6 d’ici à 2025. Son nouvel appareil de commutation à moyenne tension SM AirSeT utilise déjà une isolation à l’air pur.  

Intégrer la gestion des risques socio-environnementaux dans le contrôle qualité

Michelin et Schneider Electric se sont attelés à la question de l’obsolescence programmée. Les deux groupes envisagent notamment d’accorder des licences pour leurs services plutôt que leurs produits. Cela se traduirait respectivement par la vente d’un kilomètre d’utilisation de pneus et d’économies d’énergie. Cela revient à mettre la gestion des risques socio-environnementaux au même niveau que le contrôle qualité en termes de caractérisation des actifs et activités industrielles.  

Bien qu’elles favorisent une meilleure gestion des risques, ces innovations impactent les modèles d’affaires et interactions entre acheteurs et fournisseurs. C’est là qu’interviennent les Objectifs de Développement Durable. Ils structurent en effet l’action des entreprises sans transférer d’externalités négatives sur leur écosystème de parties prenantes. 

2. Structurer son plan d’approvisionnement responsable autour des ODD  

Les ODD des Nations unies offrent un cadre complet pour que les entreprises se concentrent sur leurs approvisionnements stratégiques. Le SDG 17, en particulier, encourage le développement de coalitions. 

Méthodologies

Relayant l’aspiration générale à des méthodologies harmonisées et des données comparables, Schneider Electric a rejoint la Responsible Business Alliance. Le groupe collabore ainsi avec des acteurs industriels confrontés aux mêmes risques. Les bases de données communes sont un exemple clef de l’apport des initiatives collaboratives : elles décuplent l’efficacité des efforts entrepris et l’économie de ressources toujours plus limitées.

Alignement stratégique

Les partenariats sont propices à l’alignement sur l’ensemble des chaînes de valeur. Ils permettent d’optimiser le dialogue des entreprises avec leurs fournisseurs, sous-traitants et usagers. Michelin et la plateforme mondiale pour le caoutchouc naturel durable travaillent par exemple sur les risques socio-environnementaux spécifiques à cette matière première. Témoignant de son efficacité, le groupe a remporté la catégorie “mobilité intelligente” du Prix EuroCham de Développement Durable.

Aborder de front les enjeux sensibles

Les entreprises sont encouragées à communiquer leurs engagements auprès de leurs clients, bénéficiaires et parties prenantes. Elles doivent en cela partager leurs résultats mais aussi leurs plans d’action. Leurs équipes tendent toutefois à éviter les sujets sensibles, perçus comme trop politiques ou éloignées du modèle d’affaires. Les coalitions leur permettent de traiter ces enjeux en étalant les risques, tout en catalysant l’impact à l’échelle de tout un secteur. La Global Network Initiative priorise par exemple les opérateurs de télécommunications et médias sociaux, en lien avec la surveillance d’Etat. Elle a ainsi réuni un panel sur les spécificités des TIC pour la diligence raisonnable en matière de Droits de l’Homme. Des groupes de même sensibilité pourraient aider les entreprises à traiter de travail forcé ; une tendance clef depuis que des multinationales ont été directement reliées à la persécution des communautés ouïgoures

3. Gérer l’échelle et la complexité de l’approvisionnement par le digital 

Schneider Electric, comme Michelin, s’appuient sur l’audit pour évaluer leurs dispositifs de remédiation des risques socio-environnementaux dans leurs supply chains. Ils en reconnaissent aussi les limites pour gérer la complexité, de l’échelle et la granularité qu’exigent leurs engagements publics.  

La Covid-19 consacre cette réalité en cristallisant plus encore les injonctions contradictoires qui pèsent sur les entreprises. La crise les invite au réexamen des allocations de ressources, pour qu’elles démontrent l’intentionnalité de leurs efforts. Le tout dans un contexte d’incertitude croissante et de réduction de ces mêmes ressources. Les outils digitaux sont justement une clé pour mieux aborder ces enjeux d’échelle, de visibilité et de rentabilité. 

Affirmer que mesurer, c’est gérer est devenu un trope. Il n’en demeure pas moins que les données informent une meilleure prise de décisions. Divers acteurs économiques se tournent donc vers le numérique pour automatiser leur collecte dans des univers de données complexes.

Il s’agit d’abord d’identifier les risques matériels. A terme, ils pourront en déduire plus d’informations pour prévoir l’occurrence de risques socio-environnementaux dans ses approvisionnements. Parmi ces outils, la Big Data aide les entreprises à mieux appréhender la complexité de leurs approvisionnements. Elle peut aussi soutenir le déploiement de leurs dispositifs de remédiation des risques socio-environnementaux à l’échelle attendue.  

Les données favorisent aussi une plus grande transparence. Ceci alors même que la méfiance des parties prenantes est omniprésente et la performance des entreprises semble reculer. Un récent Benchmark constate en effet que la plupart des 229 groupes analysés peinent à démontrer la robustesse de leurs politiques de droits humains. Plutôt qu’extrapoler sur la base de performances passées, un tel constat pousse les entreprises à développer des modèles prédictifs. Elles pourraient ainsi comparer le potentiel de différents mécanismes de remédiation des risques. A terme, ces données permettent de réorienter les efforts de la manière la plus rentable.  

Conclusion | Nouvelles perspectives portées par la révolution numérique

La révolution numérique élargit significativement le champs des possibles dans la gestion, à grande échelle, de données complexes et la prédictibilité. Cela permet d’approcher la complexité de gestion de risques socio-environnementaux dans les supply chains différemment et de passer d’une logique de gestion par l’échantillonnage et le reporting de performances passées à une logique de déploiement des ressources sur prédictibilité d’occurrence de risques portées par le big data et orienté vers une démarche d’impact. C’est un changement de paradigme majeur.

Ksapa intervient régulièrement auprès d’organisations de tous secteurs pour les aider à mieux mettre à jour leurs stratégies supply chains portant sur les risques socio-environnementaux. Ksapa déploie également des programmes associant des composants digitaux et financiers pour décarboner des actifs, déployer des formations à grande échelle et réduire ainsi mécaniquement du risque.

Démontrer un impact avéré renforce par ailleurs la rentabilité des entreprises. Les données et la mesure d’impact favorisent l’émergence d’un climat de confiance, notamment de la part des investisseurs. Ce soutien s’avérera sans nul doute essentiel pour que les entreprises alignent les ressources nécessaires à étendre leurs efforts à l’ensemble de leurs supply chains. 

Forte d’une expérience internationale auprès de structures publiques, privées et associatives, Margaux Dillon intervient chez Ksapa en tant que consultante en développement durable et responsabilité des organisations.
Elle avait auparavant travaillé pour les cabinets Deloitte et Quantis, assuré la promotion institutionnelle de l’infrastructure de recherche sur les écosystèmes ENVRI+ pour le compte de l’INRA, et contribué au reporting extra-financier du groupe Total.
Margaux est de nationalité franco-américaine et est titulaire d’un Master en histoire, communication, entreprises et affaires internationales ainsi que de deux certifications en développement durable de l’IEMA et Centrale-Supélec. Elle parle anglais, français et espagnol.

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