Le Benchmark Hub 2026 de la World Benchmarking Alliance offre chaque année une revue incontournable en matière de performance des entreprises sur les droits humains. Une évaluation simultanée de 2000 des entreprises les plus influentes au monde à travers sept sections couvrant l’équité sociale, l’action climatique, la restauration de la nature, l’inclusion numérique, les systèmes alimentaires durables, le développement urbain et l’alignement du système financier. Ces 2000 entreprises génèrent collectivement 53 000 milliards de dollars de revenus, représentent 54% des émissions mondiales, emploient directement 107 millions de personnes et soutiennent 550 millions de moyens de subsistance supplémentaires à travers leurs chaînes de valeur. Leurs modes de fonctionnement influencent notre capacité collective à atteindre un avenir durable et équitable.
Le rôle incontournable du secteur privé dans l’atteinte des Objectifs de Développement Durable
Le 2026 Benchmark Hub confirme ce que les praticiens de la durabilité comprennent depuis longtemps : le rôle du secteur privé dans la réalisation des ODD n’est pas périphérique — il est déterminant. La concentration du pouvoir économique, de l’impact environnemental et de l’emploi au sein de ces 2000 entreprises signifie que leurs choix collectifs définiront largement si nous atteignons ou manquons les cibles de 2030.
S’appuyant sur sept années de recherche sectorielle, l’Alliance a créé une base de données robuste couvrant douze benchmarks distincts, du Corporate Human Rights Benchmark au Nature Benchmark, de l’inclusion numérique aux systèmes urbains. Chaque évaluation emploie des méthodologies rigoureuses ancrées dans les cadres internationaux, les consultations avec les parties prenantes et les bonnes pratiques du moment. L’ensemble de données résultant offre une grande granularité sur la performance des entreprises explorées à travers des centaines d’indicateurs.
Les leaders proposent des modèles reproductibles
Les chiffres sont frappants : le score moyen à travers les évaluations reste dangereusement bas, la plupart des benchmarks montrant que les entreprises atteignent moins de 30% des points possibles. Pourtant, cette réalité préoccupante coexiste avec des performances portées par quelques entreprises qui contrastent fortement. Les entreprises leaders dans chaque secteur démontrent qu’il est possible de performer— leurs approches fournissent des modèles reproductibles pour les queues de peloton. L’écart de performance entre leaders et queue de peloton n’est d’ailleurs pas enraciné dans par exemple une différence d’accès à des moyens techniques ou certains secteurs qui seraient « moins » exposés. Cette différente ne reflète rien d’autre que des choix concernant les priorités, les investissements et la transparence opérée par les uns et les autres.
Corrélation de performance au travers les enjeux confirmant l’approche systémique portant la transformation durable
Cette évaluation révèle également des profils transverses aux enjeux. Les entreprises qui excellent dans un domaine — par exemple, les droits humains — tendent à surperformer également sur le climat et la nature, suggérant que l’excellence en matière de durabilité découle de cultures organisationnelles et de systèmes de gouvernance profondément ancrés plutôt que d’initiatives isolées. Cette corrélation renforce l’argument selon lequel la transformation durable nécessite une approche systémique plutôt que des programmes fragmentés.
L’analyse sectorielle révèle également des disparités importantes. Les secteurs à forte réglementation comme l’énergie et les télécommunications affichent généralement des scores supérieurs, reflétant l’impact des cadres politiques sur le comportement des entreprises. En revanche, des secteurs comme l’agriculture et l’alimentation, malgré leur impact massif sur les ODD liés à la faim, à la santé et aux écosystèmes, montrent des performances nettement inférieures, avec un score moyen de seulement 15,5/100 au Food and Agriculture Benchmark.
Cette variation sectorielle souligne une réalité importante : l’atteinte des ODD ne peut reposer uniquement sur l’action volontaire des entreprises. Les données démontrent que les cadres réglementaires, les attentes des investisseurs et la pression des parties prenantes jouent des rôles essentiels dans la stimulation de la performance. Les décideurs politiques doivent donc utiliser ces benchmarks pour identifier où des interventions réglementaires ciblées peuvent catalyser des améliorations systémiques.
5 leviers d’action critiques révélés par les données collectées
L’évaluation 2026 identifie cinq leviers à fort impact où une action à échelle pourrait générer des progrès disproportionnés vers les ODD :
Levier n° 1 : Mobiliser les 1 300 milliards de dollars d’investissements possibles dans le domaine climatique
Les entreprises peuvent combler jusqu’à 30 % du déficit annuel d’investissements dans les énergies propres nécessaire d’ici 2030 sans recourir à des technologies révolutionnaires, simplement en augmentant les niveaux d’investissement déjà observés dans tous les secteurs. Il ne s’agit pas d’une aspiration, mais d’une observation. La voie existe, c’est la mise en œuvre qui constitue un obstacle.
Levier n° 2 : Résoudre la crise des salaires décents
Moins de 5 % des grandes entreprises versent des salaires décents, ce qui aggrave la crise mondiale du coût de la vie. Cela représente à la fois un grave problème de justice sociale et un risque commercial important, car l’érosion du pouvoir d’achat sape les marchés de consommation tandis que l’instabilité de la main-d’œuvre menace la continuité des opérations.
Levier 3 : Promouvoir des modèles commerciaux respectueux de la nature
Seules 9 % des entreprises quantifient actuellement les risques liés à la nature, ce qui confère un avantage considérable à celles qui prennent le sujet en main. L’intégration du capital naturel dans la stratégie et les décisions n’est qu’à ses balbutiements toutefois, quoique la dynamique réglementaire et les attentes des investisseurs s’accélèrent rapidement sur ces questions.
Levier 4 : Construire des chaînes d’approvisionnement résilientes et responsables
Seules 10 % des entreprises évaluent les risques liés aux droits humains tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement, tandis que 20 % seulement tracent leurs produits pour comprendre leur impact sur la nature. Ce manque de visibilité rend les chaînes d’approvisionnement vulnérables aux perturbations tout en perpétuant des dommages environnementaux et sociaux qui ont des conséquences financières de plus en plus importantes.
Levier 5 : Renforcer la responsabilité de l’IA dans le secteur technologique
Si 38 % des grandes entreprises technologiques publient des principes éthiques en matière d’IA, aucune ne divulgue les résultats de ses évaluations d’impact sur les droits humains. Alors que les systèmes d’IA remodèlent les économies et les sociétés, ce manque de transparence pose des risques systémiques qui nécessitent une attention urgente de la part des conseils d’administration et des décideurs politiques.
Passer de l’évaluation à l’action: Activer les leviers identifiés
La véritable valeur de cette revue exhaustive des ODD ne réside pas dans le classement des entreprises mais dans la clarification des voies d’action concrètes à opérer pour un impact systémique et collectif. Pour les décideurs dans les entreprises, les investisseurs, les décideurs politiques et les organisations de la société civile, ces benchmarks fournissent trois outils essentiels pour l’accélération :
Clarté du diagnostic : les évaluations révèlent précisément les lacunes des entreprises, non pas à travers des critiques subjectives, mais grâce à des mesures fondées sur des preuves et comparées à des normes établies. Cette spécificité permet de mettre en place des stratégies d’amélioration ciblées plutôt que de se contenter d’un discours vague sur la durabilité.
Pratiques éprouvées : En mettant en avant les leaders du secteur, les benchmarks démontrent qu’il est possible aujourd’hui d’atteindre des performances ambitieuses. Les entreprises peuvent étudier les approches de ces leaders et adapter les stratégies efficaces à leur propre contexte plutôt que de réinventer des solutions.
Cadre de responsabilité : Les benchmarks publics créent des incitations en matière de réputation et une pression des parties prenantes qui complètent les exigences réglementaires et les signaux du marché. La transparence offerte par ces évaluations permet aux investisseurs d’orienter leurs capitaux de manière stratégique, aux consommateurs de faire des choix éclairés et aux décideurs politiques de disposer de données pour concevoir des interventions efficaces.
Conclusion
Alors que nous entrons dans la dernière ligne droite vers 2030, l’évaluation exhaustive de la World Benchmarking Alliance rend un précieux service : elle dissipe toute ambiguïté et révèle avec précision les domaines dans lesquels l’action des entreprises peut avoir un impact maximal sur les ODD. Les cinq leviers identifiés (mobilisation des investissements climatiques, mise en œuvre d’un salaire décent, transformation positive pour la nature, résilience de la chaîne d’approvisionnement et responsabilité en matière d’IA) représentent des priorités concrètes et mesurables sur lesquelles les entreprises peuvent agir immédiatement.
Les données mettent clairement en évidence une réalité : des solutions qui ont fait leurs preuves, des mécanismes efficaces et une dynamique déjà bien enclenchée existent déjà. La question n’est plus de savoir si une transformation durable des entreprises est possible, mais si les entreprises les plus influentes au monde choisissent de mettre en œuvre les leviers dont elles disposent aujourd’hui. Avec 2 000 entreprises influentes représentant une part si importante de l’activité économique mondiale et de l’impact environnemental, leurs décisions au cours des cinq prochaines années seront déterminantes pour savoir si nous atteindrons ou abandonnerons l’agenda 2030. Le benchmark a montré la voie ; il reste maintenant à la suivre, ce qui ne sera pas une mince affaire. C’est cet objectif que Ksapa entend soutenir, pour une économie véritablement responsable.
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Président et Cofondateur. Auteur de différents ouvrages sur les questions de RSE et développement durable. Expert international reconnu, Farid Baddache travaille à l’intégration des questions de droits de l’Homme et de climat comme leviers de résilience et de compétitivité des entreprises. Restez connectés avec Farid Baddache sur Twitter @Fbaddache.









