Le sommet de Santa Marta réunit 50 pays pour sortir des fossiles. Comment passer des engagements à l'action sur le terrain ?

Fossiles : l’heure des feuilles de route

La ville portuaire de Santa Marta, en Colombie, a accueilli fin avril 2026 un événement diplomatique inédit : la première conférence internationale entièrement dédiée à la sortie des énergies fossiles. Plus de cinquante pays — représentant près de 50 % de la population mondiale — ont débattu pendant cinq jours des voies concrètes pour abandonner le pétrole, le gaz et le charbon. Un signal fort, amplifié par un contexte géopolitique tendu : la guerre au Moyen-Orient a provoqué une nouvelle flambée des prix du kérosène et de l’essence, rappelant brutalement à quel point la dépendance aux hydrocarbures est à la fois un risque climatique et une vulnérabilité stratégique.

Pourtant, de Santa Marta ne sortira aucune décision contraignante. Les États-Unis, la Chine, l’Inde et les pays du Golfe — premiers émetteurs mondiaux — étaient absents. Et les navires de charbon qui mouillaient dans la baie pendant les débats résumaient, à eux seuls, la tension entre ambition affichée et réalité économique. Alors, que retenir de ce sommet, et surtout : comment les entreprises et les acteurs de terrain peuvent-ils transformer cet élan diplomatique en action tangible ?

Un signal politique fort, mais des lacunes structurelles persistantes

Le sommet de Santa Marta, co-organisé par la Colombie et les Pays-Bas, est né d’une frustration : celle de voir les grandes COP onusiennes bloquées par la règle du consensus, qui a longtemps permis aux lobbys pétroliers de mettre leur veto à tout débat frontal sur la production de combustibles fossiles. En réponse, les pays volontaires ont voulu bâtir un multilatéralisme alternatif, ancré dans les populations et non dans les seuls gouvernements ou intérêts économiques, comme l’a formulé la ministre colombienne de l’Environnement Irene Velez Torres.

Le résultat est symboliquement puissant. Un groupe d’experts scientifiques dédié à la transition énergétique a été lancé pour conseiller États, villes et régions dans l’élaboration de leurs feuilles de route. Un « menu » de douze mesures concrètes a été publié pour guider les gouvernements, dont l’arrêt de tout nouveau projet d’extraction de fossiles. La France a présenté sa propre feuille de route nationale — charbon abandonné d’ici 2030, pétrole d’ici 2045, gaz d’ici 2050 — saluée comme un exemple rare de planification sectorielle claire. Et une conférence de suivi est prévue à Tuvalu, en marge de la COP31 à Antalya en novembre 2026.

Mais les lacunes sont tout aussi visibles. L’absence des grands émetteurs affaiblit la portée politique de tout accord. Les pays producteurs présents — Nigeria, Angola, Canada, Norvège — restent tiraillés entre leurs engagements climatiques et leurs recettes fiscales dépendantes des hydrocarbures. La Colombie elle-même illustre ce paradoxe : à 200 kilomètres de Santa Marta se trouve Cerrejon, l’une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert au monde. Et remplacer voitures à essence, chaudières au fioul et usines à gaz par des équivalents électriques représente un effort financier colossal, particulièrement dans les économies du Sud global.

Le message de Santa Marta est donc clair sur les objectifs, mais encore flou sur les chemins. C’est précisément là que réside le vrai travail — et c’est là que les acteurs privés, les investisseurs et les organisations spécialisées ont un rôle décisif à jouer.

Du « menu de solutions » à l’action : le défi de la mise en œuvre

Le document scientifique présenté à Santa Marta propose un « menu » de douze mesures gouvernementales pour accélérer la sortie des fossiles. Mais entre une mesure politique et sa mise en œuvre effective dans une chaîne de valeur, un territoire ou une communauté, il y a un monde. Trois défis structurels ressortent avec acuité.

Le défi du financement de la transition dans les pays en développement. Les nations les plus vulnérables aux chocs climatiques — petits États insulaires, pays à revenus faibles — sont aussi celles qui ont le moins contribué au problème et le moins accès aux capitaux pour financer la transition. Les mécanismes de « transition énergétique juste » (JETP), comme les 2,5 milliards d’euros engagés par la France avec l’Afrique du Sud, le Vietnam, l’Indonésie et le Sénégal, restent insuffisants et complexes à déployer. La blended finance — combinaison de capitaux publics et privés pour réduire le risque et attirer les investisseurs — demeure sous-utilisée.

Le défi de la cohérence des chaînes de valeur. Les multinationales qui ont pris des engagements net zéro font face à une réalité : leurs émissions indirectes (scope 3) — celles de leurs fournisseurs, prestataires logistiques, agriculteurs ou travailleurs — représentent souvent 70 à 90 % de leur empreinte carbone totale. Or ces acteurs de la base de la pyramide — petits agriculteurs, PME, coopératives — n’ont ni les outils, ni les ressources, ni les données pour mesurer et réduire leur impact. Les feuilles de route restent cantonnées aux sièges sociaux.

Le défi de la mesure et de la redevabilité. Sans indicateurs fiables, sans données de terrain vérifiées, les engagements de transition restent des vœux pieux. La prolifération des cadres de reporting (CSRD, CSDDD, loi de vigilance, TCFD, SBTi…) crée une pression normative croissante, mais la qualité des données sous-jacentes reste inégale. Les investisseurs, comme les régulateurs, manquent d’informations granulaires pour évaluer les progrès réels.

C’est dans cet espace — entre l’ambition diplomatique et la réalité opérationnelle — que se joue la véritable décennie de livraison de la durabilité.

Comment Ksapa traduit l’ambition climatique en impact réel

Chez Ksapa, nous sommes convaincus que la transition hors des fossiles ne se fera pas uniquement par des traités ou des déclarations ministérielles. Elle se construira, filière par filière, territoire par territoire, en mobilisant les acteurs économiques réels — des multinationales jusqu’aux travailleurs et agriculteurs en bout de chaîne. C’est précisément ce que nous faisons depuis 2019, avec une approche qui combine rigueur analytique, ancrage terrain et innovation digitale.

Des programmes de transition agricole et carbone à grande échelle. Notre programme RegenCC aux Philippines mobilise des agriculteurs de noix de coco, et moulins dans un modèle d’agriculture régénérative certifiable selon le standard Verra. En Indonésie, notre programme sur le caoutchouc naturel avec Michelin, dans le cadre du projet CASCADE en Sumatra, démontre qu’il est possible d’améliorer les pratiques environnementales et sociales des filières agricoles tout en améliorant les revenus des petits producteurs capable de générer 25 euros localement sur 10 ans pour seulement 1 euro investi. Ces programmes montrent que la transition n’est pas une contrainte imposée aux communautés rurales, mais une opportunité économique lorsqu’elle est bien conçue.

La plateforme SUTTI pour engager les populations à la base. L’enjeu de la transition énergétique juste, c’est aussi de ne laisser personne de côté — travailleurs, agriculteurs, populations vulnérables. Notre plateforme digitale SUTTI a été conçue pour engager ces populations là où elles se trouvent, dans leur langue, avec des modules adaptés à leurs réalités. Des contenus sur les droits au travail, la sécurité, la transition vers des pratiques durables — accessibles sans nécessiter de connexion permanente. SUTTI est le lien manquant entre les engagements RSE des multinationales et la réalité du dernier kilomètre.

Des outils de mesure et de redevabilité pour les investisseurs et les entreprises. Face à la pression normative croissante — CSRD, devoir de vigilance, CS3D — nos équipes accompagnent les entreprises et les investisseurs dans la cartographie de leurs risques ESG, la mesure de leurs impacts réels et la structuration de leurs rapports. Nos audits indépendants et nos analyses de risques permettent aux acteurs financiers de sortir de l’ambiguïté et d’allouer leurs capitaux vers des actifs véritablement alignés avec la transition.

Une expertise en blended finance pour les marchés émergents. Nous structurons des véhicules d’investissement innovants — comme l’IREN Agri Vehicle — qui combinent capitaux privés, garanties publiques et revenus carbone pour financer la transition agricole dans des marchés où le risque perçu reste élevé. C’est ce type de mécanisme qui peut concrètement mobiliser les milliards nécessaires à la transition dans les pays du Sud, en complément des engagements gouvernementaux de type JETP.

Le sommet de Santa Marta a posé une pierre essentielle : il a montré qu’une coalition de volontaires, représentant la moitié de l’humanité, est prête à dépasser les blocages des grandes négociations onusiennes pour avancer vers la sortie des fossiles. Mais les pierres angulaires d’une transition réelle — données fiables, financement accessible, mobilisation des acteurs de terrain — restent à construire. C’est le travail de la décennie. C’est le travail de Ksapa.

Pour en savoir plus sur nos programmes de transition durable et nos solutions pour les entreprises et investisseurs, contactez-nous ou explorez notre rapport « Towards 2030 : The Sustainability Delivery Decade« .

Farid Baddache - Ksapa
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Président et Cofondateur. Auteur de différents ouvrages sur les questions de RSE et développement durable. Expert international reconnu, Farid Baddache travaille à l’intégration des questions de droits de l’Homme et de climat comme leviers de résilience et de compétitivité des entreprises. Restez connectés avec Farid Baddache sur Twitter @Fbaddache.

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